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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Le désert et l’art de la guerre occidental (1) : Bonaparte

Le désert et l’art de la guerre occidental (1) : Bonaparte

« Les séductions d’une conquête orientale me détournèrent de la pensée de l’Europe ». Aux terres d’Italie succédèrent les sables d’Egypte et de Syrie.

Avec la chute de l’Empire Romain d’Occident s’éteignait la domination de la civilisation occidentale antique dans cette Afrique coupée par les différentes chaines du mont Atlas. Avec la naissance d’un nouveau César en la fin du siècle XVIII, les ambitions passées reprirent jeunesse.

1) L’expédition orientale

Avec Bonaparte, la France retrouve les grandeurs de l’Orient et de l’Afrique du nord. Le général ne peut rester dans cette Europe nauséabonde où s’épuisent les princes des régimes anciens.

Avec cette nouvelle armée composée d’officier qui deviendront des maréchaux, il défait ses opposants. C’est une guerre entre le monde ancien formait aux luttes moyenâgeuses, et le monde moderne où vivent les principes de la guerre de Sept ans, modernisés par les avancées scientifiques, tactiques et stratégiques. Les uns foncent sabre et chevaux, quand les autres mitraillent à distance par l’autorité du feu, et contournent l’ennemi par la manœuvre des marches forcées.

Les mamelouks démontrent leur incapacité militaire à défier l’Europe moderne qui avance derrière ce génois d’origine, corse de sol, et français de pouvoir. Bonaparte vole de sommet en sommet jusqu’aux hauteurs des pyramides égyptiennes. Les guerres du désert sont raccourcies en durée par l’expression de la puissance française, génie de tactique, grande de technique.

Quant aux espaces, ils restent néanmoins une problématique de premier plan dans la « politique de guerre » du futur consul.

Une fois la flotte d’Aboukir décimée par Lord Nelson, Bonaparte se vit contraint à poursuivre les guerres de déserts vers l’Est, marchant sur les pas d’Alexandre le Grand, dont il souhaitait reprendre l’esprit des dieux : « c’est le moment où les caractères d’un ordre supérieur doivent se montrer. Il faut élever la tête au-dessus des flots de la tempête et les flots seront domptés. Nous sommes peut être destinés à changer la face de l’Orient ». Le français se voyait former une nouvelle civilisation, inspirée des rites occidentaux et asiatiques. Il s’imaginer, le glaive dans une main, le Corpus Iuris Civilis dans l’autre, élever un monde à son image.

Mais ses désirs de grandeur s’éteignirent devant Saint-Jean-d’Acre. L’homme avait vaincu les Ottomans dans les étendues sableuses d’El-Arich, Gaza et Jaffa, mais tomba devant les fortifications… omettant de dépoussiérer les règles de la guerre de fortification. Sapeurs, lignes extérieures, ceintures intérieures … rien n’y était dans l’esprit du Corse. Il ne revivrait pas la grandeur chevaleresque des teutoniques.

2) Des systèmes occidentaux appliqués au désert

Dans le désert, Napoléon avait su constituer ses systèmes de bataille dans « le système de sa campagne ». Le tout découlait des plans établis par le coup d’œil de l’officier. Pour lutter contre des forces qui attaquèrent sans rigueurs schématiques, Bonaparte appliqua le modèle dominant de la pensée Frédéricienne : maitriser l’espace et le temps, et finaliser la décision, par la manœuvre sur les arrières en annihilant les lignes de communication ennemies. L’ennemi encerclé, subissait la force à l’intérieur du cercle, qui plus est, la supériorité matérielle était sans précédente pour celui qui avait combattu les troupes autrichiennes durant la campagne d’Italie.

L’adversaire prit en étau était condamné à la disparition totale car sans aptitude de repli ou d’approvisionnement en forces terrestres. Le résultat moral était alors éloquent pour les forces françaises, perturbant pour les Mamelouks. La peur s’intronisait chez l’ennemi par l’harmonie du sens du commandement, garanti par l’art de la manœuvre, appuyé par l’artillerie et la cavalerie. Le brouillard de la guerre s’effaçait dans le désert, offrant à Bonaparte, le soleil d’Alexandrie.

Les rapports de forces étaient sans équivoque. La bataille frontale dans ces zones aréiques fut une grave erreur pour les cavaliers Mamelouks. La friction condamnait Mamelouks et Ottomans à subir et périr. Seul Saint-Jean-D’acre mit fin aux folies du Général Vendémiaire. Celui-ci avait su imprimer sur l’Egypte, sa rigueur appliquée à Lodi. Il poursuivait par la guerre, ses passions politiques, faisant de son œuvre orientale une gouache ajustée à son roman qu’est sa vie. Mais l’art de la guerre qu’il y déploya, reste à jamais inscrit dans les journaux de l’expédition d’Egypte. Autrement dit, la guerre n’étant qu’un élan de ses désirs, ses ambitions se poursuivaient pendant que les armes s’effleuraient…

3) Le retour est proche…

Quant à l’Occident dans le désert, les temps allaient évoluer… les erreurs des forces de l’Orient ne retentiraient pas en 1830... L’ennemi aura appris de ses défaites.

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