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Sabre-et-Esprit

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Soldats et diplomates de l'Armée française

Le désert et l’art de la guerre occidental (4) : Lyautey

Le désert et l’art de la guerre occidental (4) : Lyautey

Toute l’action militaire est pénétrée par des forces et par leurs effets. L’homme participe à l’activité de certaines, et en subit d’autres. Il peut par-dessus-tout, faire jouer son intelligence pour espérer déceler celles qui ne sont qu’illusions, aux influences lourdes, moyennes ou faibles.

1) La poursuite de l’expansion française en Afrique du Nord

~~On trouve dans les discours de l’époque républicaine, des ambitions économiques, sécuritaires, philosophiques et politiques, pour justifier l’envergure donnée aux pensées humaniste et civilisationnelle de ses interventions en Algérie et au Maroc.

La France souhaitait s’ouvrir de nouveaux marchés pour rassurer son industrie. Elle devait reprendre la vieille tradition romaine, d’accumulation territoriale, afin de concurrencer ses voisines germaniques et britanniques.

~~Ses ouvriers, sa pensée et sa géographie étaient en cela, appelés à marcher de pair.

En effet, sa géographie l’empêchant de regarder vers l’Est, car confronter à l’Allemagne de Guillaume I, la République ne pouvait que continuer ses desseins en Afrique, s’étendant comme une tâche d’huile du Nord vers le Sud, pour réaffirmer par le corps et l’esprit, l’antique renaissance de cette région, autrefois sœur de Rome. Ce monde sans père, recherchait une « mère » ! Ce serait la France.

2) Lyautey en « grand colonisateur »

~~La France continua ses buts avec l’institution militaire. Gallieni et Lyautey furent les noms qui instaurèrent la tradition républicaine en Afrique du Nord. Ces deux Saint-cyriens réalisèrent par l’action, les paroles de J.Ferry : « Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l’activité qu’elles développent ». Le rayonnement se ferait par la mule, le Légionnaire, les troupes de montées, le Lebel, par « la joie de l’âme dans l’action » (Lyautey).

L’expansion coloniale devait assurer la grandeur de la France sur la carte des puissances. Cette dernière, autrefois cantonnée à l’Ouest du « vieux continent » était devenue géographiquement européenne, orientale, américaine et africaine.

~~L’armée était contrainte de rééditer par la pratique, les théories stratégiques qu’avait confectionnées le père Bugeaud au cours de la conquête de l’Algérie.

Au Maroc, c’est Lyautey qui fut chargé de rétablir le « navire en perdition » (ce sont ses mots). Comme Bugeaud, Lyautey guida sa politique coloniale, par la diplomatie, la guerre et l’administration.

~~Dès son arrivée, il fit vœux d’étendre la pacification du territoire par les conquêtes directes et indirectes. Il s’attaqua à la nature humaine des populations, saisissant intellectuellement la place que pouvaient prendre les mœurs, l’influence du climat, de la religion, et de la nature montagneuse et désertique de cette région du monde, dans les relations qu’entretenaient les hommes entre eux.

Il y a dans cette partie du monde, des tribus qui donnent plus d’importance à la psychologie, qu’aux besoins matériels.

~~Les plans de guerre de Lyautey se résumèrent à conquérir par le mouvement les zones arides ; à remuer l’ennemi par la guerre mobile ; à contraindre les populations par l’irrégularité tactique du harcèlement et des patrouilles. Il s’imposa en étalant sa force, sans pour autant s’en servir perpétuellement ; en inspirant la crainte, tout en gagnant la confiance des « indigènes » ; en honorant les coutumes locales, tout en présentant les rituels français.

3) Paroles d’un officier français en région Africaine

Il résuma son approche par écrit : il faut que toute « la région se sente dans notre main, matériellement et moralement (…), par l’action rayonnante des forces mobiles (…) par l’acceptation de notre domination de la part de tous ». Faire sentir au plus haut, « les avantages économiques de notre voisinage » afin que tous prennent en mains, charrues et bœufs pour ne point délaisser les cultures.

Par la conquête des esprits, Lyautey réussit à instaurer entre les légions françaises et les populations locales, des relations dites « normales », de bon voisinage. Les uns s’acculturant des autres. Les uns aidant les autres.

4) L’art déployé

Mobilité des troupes, soutien aux éleveurs et agriculteurs, ravitaillement auprès des populations conquises, déploiement en masse ou par petit groupe… la tâche d’huile s’étala sur le temps, à travers les espaces. Tout devait être souple et élastique : des hommes au commandement, des plans aux tactiques… Chaque soldat devait avoir en mémoire, que là où il était, là où se trouvait un légionnaire française, viendrait s’installer des commerçants, des artisans et des entreprises. Il ne fallait ni détruire, ni tuer, mais ménager et améliorer la vie des populations.

Il fallait construire et avancer en bâtissant, sans ruiner, mais en organisant…

« Nous battions la terre, çà et là, tachant à la moindre variation des vents, des peuples et du climat qui pouvaient rapidement nous éloigner de nos intentions et de nos ambitions, de ne jamais nous compromettre par nos actes et nos agissements ». Il en allait de l’idéal d’une République.

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