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Sabre-et-Esprit

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Soldats et diplomates de l'Armée française

Rommel : Le désert et l’art de la guerre occidental (4)

Rommel : Le désert et l’art de la guerre occidental (4)

1) Les premiers pas à l'Ouest

~~Après la campagne de France, la Wehrmacht avait atteint la gloire militaire. Elle rejoignait les grandes Armées de l’Histoire, au panthéon de la reconnaissance. L’opération Dynamo exceptée, les divisions de Panzers de la Heer avait frappé fort à l’Ouest. La France avait trébuché en Belgique, chuté sur son sol, et paraphé la « drôle de guerre » par un armistice signé à Rethondes des mains vieillissantes du Maréchal Pétain qui faisaient face aux gants victorieux d’Adolf Hitler. En juin 1940, la France offrait au III Reich une partie de son sol, couronnant l’existence de la « Grande Allemagne ».

~~Dans cette guerre de l’Ouest, le Haut Commandement allemand avait convaincu Hitler, suite à la perte de notes sur une percée en Belgique (reprise du plan Schlieffen), de foncer à travers les Ardennes, et d’appliquer ce que von Manstein nommerait : « le coup de faucille ». La route impénétrable serait franchie : ni les sapins, ni les feuilles des bouleaux ne bloqueraient les chenilles audacieuses du Panzergruppe von Kleist. La noblesse prussienne récolterait les lauriers du courage et de la ruse. Les branches de chaines orneraient alors les têtes de ses généraux, comme l’olivier s’imposait aux Césars.

~~Dans ce mois de mai à juin, l’offensive allemande claqua en Europe, comme le tonnerre sait se faire entendre.

~~La presse allemande tenue par Goebbels, s’empressa de récupérer la percée triomphante d’un certain Erwin Rommel, qui atteignit la Meuse si rapidement, qu'il lui fut demandé de stopper son avancée vers Dunkerque. Du 23 mai au 26 mai, les forces de la 7e division de panzers de Rommel, aux ordres d’Hitler qui commandait du Berghof, durent sécuriser la zone aux alentours d’Arras. Le 26 mai, ses troupes motorisées reprirent leur marche en direction des plages du Nord de la France où des centaines de milliers d’Anglais s’étaient retirés pour rejoindre Londres à bord de quelque 600 navires civils et de 200 bâtiments de la Royal Navy. Le soir, le seigneur germanique qui fut reçu chevalier de la croix de fer put écrire à sa femme « la guerre en France pourrait être terminée dans une quinzaine ».

~~L’Europe, comme Rommel, ne put imaginer un tel épisode : qu’un choc frontal entre deux grandes puissances militaires voisines de sol, comme l’étaient la France et l’Allemagne, tels qu’autrefois Spartes et Athènes, puisse connaitre un sort aussi prompte. Mais les dés s’étaient retournés, le résultat en fut jeté. La pensée de Charlemagne avait quitté Paris pour rejoindre Berlin. Ce fut pour les Allemands « la victoire la plus glorieuse de tous les temps ».

~~Soucieux d’avoir triomphé en honorable chevalier par l’application des principes d’une « guerre éclair », le stratège Rommel avait su rompre les blocages de la Grande guerre, en s’émancipant des règles de manœuvres. Celui qui aurait fait la destinée d’un opéra Wagnérien, en officier discipliné nota sur sa partition : « nous n’avions jamais imaginé que la guerre à l’Ouest se passerait ainsi ».

L’Ouest achevé, le Royaume-Uni inatteignable, Rommel s’envola « en dieu de la guerre » bâtir sa légende en Afrique du Nord…

~~2) L’Afrikakorps en aide aux Légions romaines

~~C’est dans le désert libyen que naquit la légende du « Renard ». Le capitaine devenu général, muta en véritable chef de guerre, s’auréolant de triomphes par le fer, et recevant les grâces dithyrambiques du pouvoir. L’atmosphère immatérielle qui émanait de ce dernier, prit le sens d’un culte Rommel. Celui-ci se nourrit et s’éleva tant des exploits que des échecs du Général. Que pouvait bien valoir une bataille perdue en comparaison des effets moraux d’une « aura » charismatique au sein de la Cité « Germania » en état de guerre totale ?

~~Le stratège débarqua en 1941 dans la ville de Tripoli. Les Italiens étaient empêtrés dans ce qu’ils ne savaient pas faire : la guerre. La guerre du désert. Ils se repliaient, ils fuyaient, ils subissaient le sort des hommes du sable. Ils n’avaient pas lu Lawrence d’Arabie, s’étaient égarés sur les mœurs des peuples, mais ils connaissaient l’histoire de Scipion l’Africain. Ils se voyaient alors, revenir en Afrique comme les conquérants légitimes d’une terre ancienne. A cela tienne, les mythes perdurent, mais la nature a ses principes, ses variables, et son art : Carthage ne fut reprise, et Rome dut faire appel aux descendants des tribus germaniques.

~~3) L’art de l’Afrikakorps

~~Rommel était bien plus libre en Afrique qu’en Europe. Il avait l’initiative, et maitrisait le commandement. Dès son arrivée, il ordonna l’instauration de mission de reconnaissance. De petits groupes d’hommes devaient observer les troupes Britanniques. La chaleur atténuait la distance du regard, et le soleil usait les esprits. Il fallait aller vite, loin, voir en profondeur, et rester éloigné des yeux de l’ennemi anglo-saxon.

~~Très vite, il engagea les Anglais par des escarmouches. Les Panzers arrivaient en renfort, et les premières frictions eurent lieu en Cyrénaïque. Il coupa les routes, rompit le front, perça les lignes, et refoula les troupes des généraux britanniques dans Tobrouk.

~~Il encercla Tobrouk, car il voulait prendre le port, afin de couper le ravitaillement maritime de la Royal-Navy. Mais les Australiens présents, dont les mérites avaient déjà été reconnus avec ceux des Néo-zélandais en 1914-1918, luttèrent une nouvelle fois avec ardeur. Les troupes australiennes furent renforcées par l’arrivée de moyens d’artillerie lourde (par la mer, seul point de ravitaillement possible).

Rommel percutait la forteresse, mais le rocher restait imprenable. Il gaspillait ses troupes, ce qui déplaisait au Haut commandement qui attendait des résultats. Paulus fut même envoyé pour atténuer les ambitions de Rommel qui rendait fou les autorités politiques et militaires réunies à Berlin.

~~Le 30 avril, le Renard reprit l’offensive sur Tobrouk. Sa folie militaire, et son esprit de chevalier ne pouvaient l’autoriser à quitter une place sans l’avoir conquise : « j’ai accepté le risque en dépit des ordres et des instructions, parce que l’occasion me parait favorable ». Mais l’officier croyait pouvoir s’emparer de Tobrouk. On reprocha à bien des officiers d’avoir manqué dans leur carrière, d’obstination. Le Général lui, voulait poursuivre ses desseins, mais la réalité s’imposa, et il ne put qu’augmenter les opérations isolées et se résoudre finalement à stopper son offensive sur le port.

La difficulté des guerres de forteresse, c’est qu’elles rompent la manœuvre, bloquent les mouvements, et contraignent à la guerre de positions : « dans la première, le matériel ne joue de role prépondérant que dans la mesure où il se fait l’auxiliaire du soldat. Sans chars, sans canons, sans camions, le meilleur soldat ne sert à rien »… Pour Rommel, la guerre de positions imposait la destruction du fantassin « contrairement à la guerre de mouvement dans laquelle seule compte l’anéantissement du matériel » (Rommel).

~~Le Général, qui ne reçut jamais le matériel et les troupes adéquats, parce que la guerre se jouait pour les autorités politiques à l’Est, ne put se résoudre qu’à pratiquer des artifices tactiques qui limitent les pertes, mais ne font gagner des guerres. Ce sont les hommes, les avions, l’artillerie et les chars qui manquèrent à l’élan du Renard.

Or, contrairement à la Wehrmacht, les Britanniques furent ravitaillés en tous ces points.

L’initiative conquise par le futur Maréchal, en 1941, fut perdue dès juin 1941.

~~4) Les Britanniques : un adversaire tenace d’essence supérieure

~~Ce n’étaient pas des guerriers orientaux qu’affrontèrent les Allemands. Mais des soldats Occidentaux. L’art militaire développé par Rommel avec l’Afrikakorps ressembla grandement à ce qui se faisait en Europe.

Cependant, les Britanniques avaient gagné la guerre politique en refoulant les princes d’Irak et d’Egypte. Avec le temps et l’usure, ils remportèrent la guerre du désert, en repoussant l’offensive de Rommel en 1942 à El-Alamein.

~~En 1943, l’Afrikakorps doit réembarquer pour la Sicile.

~~Le brave Général n’avait réussi à atteindre les points forts de la défense Britannique. Toutes ses actions furent vaines. Il ne put que s’adosser à la lourde décision de la retraite, malgré l’adversité exprimée dans ses offensives et contre-offensives. L’ennemi Britannique avait obtenu de Londres, tout ce qui fut refusé à Rommel : supériorité du matériel ; blindés en masse ; réserves accumulées ; ravitaillement en continu ; des alliés Américains en soutien…

~~De retour en Europe il déclara : « si vous pensez qu’ils arriveront par beau temps, en empruntant l’itinéraire le plus court et qu'ils vous préviendront à l’avance vous vous trompez. Les Alliés débarqueront par un temps épouvantable en choisissant l’itinéraire le plus long ».

~~Ce sera « le jour le plus long »…

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