Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Roland Garros: le demi-dieu

Roland Garros: le demi-dieu

1) Un enfant du siècle

« J’étais en face de ce que j’avais décidé de faire, il n’y avait pas à hésiter ».

Ce jour-là, fut un jour de révélation pour Roland Garros. C’était une matinée de l’année 1913. Le jeune pilote français qui était né sur l’île de la Réunion en 1888, ressentit une étrange sensation en montant dans son monoplan « Morane-Saulnier type H ». Il sut à l’instant où il posa ses mains sur les commandes de l’appareil volant, à ce moment où il alluma sa machine pour percevoir les hélices vacillaient, qu’il offrirait sa vie au ciel : "je serai aviateur".

Sa destinée était tracée, il deviendrait à 23 ans le « champion des champions » (en 1913), un innovateur de la technologie militaire, un pilote de l’armée française, un symbole de tout un pays, de toute une nation, de toute une dimension aérienne qui n’en oublierait jamais ce pilote de légende.

Un pilote aux ambitions indomptables, à la fureur de vivre, au désir de s’élever toujours plus haut pour voir toujours plus loin. Un aviateur qui avait voulu faire de sa vie, une épopée du quotidien. Mais la gloire ne résiste pas aux charges de l’histoire. Le crépuscule des « As » était inévitable. La mort ferait de Roland un héros de la Grande Guerre. Le héros deviendrait bientôt une légende. Et la légende, un mythe.

En effet, ce jeune homme qui fit de sa vie un roman, chuta la veille de l’armistice (11 novembre 1918), le 5 octobre 1918 à Vouzier dans les Ardennes.

Plus qu’un pilote, Roland Garros est le symbole d’une époque. Déraciné de son île pour défendre sa terre, il fait partie de cette jeunesse française qui épousa les airs. Enfant du siècle, il était incarné par cet élan patriotique qui toucha toute une nation. Ce petit gars qui avait découvert le plaisir d’être oiseau, restera à jamais une étoile lumineuse de l’histoire de l’aviation française.

2) Le jeune français s’envole pour Tunis

Sportif accompli, Roland participe à la « Grande semaine de l’aviation de la Champagne » en aout 1909. Il voit du bas ce que réalisent ces hommes d’en haut. L’année suivante, il obtient son brevet de pilote sur l’aérodrome de Cholet. En 1912 il est couronné du titre de « champion des champions » en réalisant en deux jours les épreuves de la boucle Angers-Cholet-Saumur du grand prix de l’Aéroclub de France.

« Ce peu de bois et de toile qu'anime une pensée humaine » le conduise à traverser la Méditerranée. Le jeune Garros a déjà plusieurs records à son actif. Il a réalisé un raid Tunis-Rome, mais il veut voir plus grand, plus loin. Repoussé les limites de l’horizon. Il veut que le monde de l’aviation tourne ses yeux sur ses folies. Il veut être le premier à relever ses propres défis.

Le défi qu’il se lance en septembre 1913 est de taille : traverser la méditerranée à partir de Fréjus à bord de son monoplan Morane-Saulnier.

Le 22 septembre, au petit matin, à l’heure où le soleil est endormi, Roland Garros s’envole de la base d’aviation navale de Fréjus en direction de Tunis avec 200 litres d’essence. Son trajet le fait passer au-dessus de la Corse et de la Sardaigne. Il est le seul à connaitre la beauté de ces îles vues des nuages.

En cours de vol, il connait des turbulences, des avaries, mais ils foncent sans autre idée que de réussir. L’essence diminue, mais sa volonté le pousse à espérer. Soudain, alors que les aiguilles du temps continuent de tourner, il aperçoit la côte.

Cela fait 7h53 que Garros est en vol. Il ne lui restait plus que 5 litres d’essence. A 13h40, après avoir parcouru près de 800 kilomètres, l’aviateur atterrit sur un champ de manœuvre, loin de son amie Marcelle qui l’avait vu décoller de Fréjus en matinée. Isolé, seul, à distance de la destination où on l’attendait, Garros n’en est pas moins le premier pilote à réussir la traversée de la Méditerranée.

Jean Cocteau, ami de Roland, pourra exprimer dans ses écrits, la passion qu’il avait pour ce glorieux et courageux jeune homme qui était le premier des premiers. Il lui dédiera un poème : Le cap de Bonne-Espérance.

En 1913, Roland Garros avait obtenu la reconnaissance internationale. L’honneur qu’il avait d’être ce qu’il était, était partagé.

En octobre 1918 les mots de Jean Cocteau marquèrent la fin de l’ère terrestre de Garros. C’était le commencement d’une nouvelle vie. Une vie parallèle de demi-dieu : « Adieu Roland. Je ne soupçonnais pas à quel point la terre saurait te reprendre et que ce poème de notre amitié allait devenir en pleine victoire, l’hommage de ma douleur ».

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article