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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Camerone, 30 avril 1863

Camerone, 30 avril 1863

~~« Et nos morts : … leur mémoire se répand au loin, dépourvu de tout symbole visible, tissée dans la trame des autres vies humaines ». Périclés

« La 3 du 1 est morte mon colonel, mais elle en a assez fait pour que, en parlant d’elle, on puisse dire : elle n’avait que de bons soldats ».

~~La Légion Etrangère a hérité d’une histoire longue de gloire et d'épopées. L’Algérie, le Maroc, le Mexique, le Tchad, le Mali… Son Livre d’or est bien rempli.

En 1863, la Légion est engagée dans l’aventure mexicaine selon les vœux de Napoléon III. L’Empereur souhaitait réaliser l’union des Etats latins pour combattre l’influence néfaste de la puissance américaine naissante. Une puissance qui avait la volonté de détruire les desseins français en Amérique, et dont la place au sein des relations internationales tendait à remettre en cause les désirs impérialistes de la grande Europe.

~~La bataille de Camerone du 30 avril 1863 est la résultante du débarquement français à Vera-Cruz en 1862, dont la finalité était d’installer sur le trône mexicain, l’archiduc Maximilien. Un archiduc désigné par le pouvoir politique français comme étant le meilleur des partis possibles. Mais bien loin de ces galimatias d’autel et de couronne, c’est sur une bataille, sur laquelle aujourd’hui les yeux se rivent. La bataille de Camerone. C’est un combat qui opposa une compagnie de la Légion étrangère face aux troupes mexicaines. 60 légionnaires résistèrent à plus de 2000 soldats mexicains. Camerone pour la France c’est un peu Les Thermopyles du roman national.

~~Le 29 avril, le Colonel Jeanningros constate le départ d’un important contingent de Vera-Cruz, pour Puebla. Il propose d’envoyer la 3e compagnie dont c’est le tour de marche. Le capitaine Danjou accepte. En raison du nombre important de malades, le capitaine transfert le commandement au Colonel Jeanningros (un Colonel qui fut capitaine du 1 régiment de Zouaves en Algérie)

~~A partir de 1h du matin, le capitaine Danjoue se met en route avec ses hommes afin de gagner Palo-verde. La mission des légionnaires qui marchent en colonne dans leur tenue avec épaulette, est de déstabiliser les patrouilles mobiles des guérilleros afin de disperser les embuscades et annihiler le harcèlement des groupes du colonel Francisco de Paula Milan.

~~Le Colonel Milan, de l’armée mexicaine, dispose dans ses rangs de cavaliers auxquels il donne l’ordre de reconnaitre les avancées des légionnaires. Il faut couper les lignes et faire rompre la colonne avant qu’elle ne rejoigne le convoi parti de Soledad.

~~Vers 5h, la compagnie arrive à Camerone. Les hommes se reposent et allument les premiers feux pour se recueillir et préparer la tambouille. Le repos est de courte durée puisque les légionnaires de garde repèrent au loin des cavaliers. Ce sont bien les cavaliers du Colonel Milan. L’alerte est donnée. Les feux sont éteints, l’eau bouillante est renversée sur les dernières braises, et chaque légionnaire est chargé de se saisir de son fusil à piston. Le combat approche : « Aux armes ! L’ennemi » crie le capitaine Danjou. Il faut faire front.

~~Les cavaliers approchent. On les reconnait à la tenue des soldats (on se croirait à Fort Alamo) et au déplacement des chevaux qui se différencie des troupes de Dragons britanniques ou Hussards hongrois. Après la charge, le premier légionnaire blessé est recensé. C’est l’heure pour tous de connaitre la gloire et la mort : le dessein est signé, les légionnaires sont encerclés. Il va falloir tenir. De plus, les mulets où était chargé le ravitaillement, apeurés par le bruit des premiers coups de fusil, se sont enfuis. Les hommes sont sans vivres et pris en tenaille. La situation est sans issue.

~~C’est décidé : le capitaine Danjou accepte le combat. Il n’y aura pas de retraite. « C’est l’acte d’un chef et d’une troupe qui attirent sur eux le principal de l’effort de l’adversaire, au bénéfice du convoi qu’ils ont mission de protéger ».

~~Des « vive l’Empereur » raisonnent sur Camerone. Les barricades sont montées, chacun est à son poste au sein d’une maison que les légionnaires ont réussi à prendre par l’assaut. Pendant plus de dix heures, les soixante-cinq légionnaires vont tenir face aux 2000 Mexicains. Courage, audace, et unité d’esprit façonnent les soldats du capitaine.

Lorsque les mexicains demandent aux légionnaires de déposer les armes, ils reçoivent un avis de non-recevoir : nous attendons l’attaque. Nous partirons avec l’honneur, par le sang, et l'esprit de fidélité. Nous repousserons votre attaque par le feu et le fer, dans la fierté et l’unité. Tel était la pensée des Légionnaires impériaux.

~~ Le colonel Millan veut combattre. Le capitaine Danjou fait jurer à ses hommes de lutter jusqu’à la dernière cartouche. Etrange destin pour ce Capitaine, car peu de temps après le serment de ses hommes, celui-ci fut touché d’une balle. Une mort en exemple qui devance celle des autres légionnaires.

Le combat est engagé, et l’effort semble vain. Une brèche est faite dans la chambre de la maison. Tous les légionnaires qui s’y trouvaient sont massacrés. Les charges se succèdent, l’offensive s’accentue, et les légionnaires peuvent apercevoir les Mexicains s’avançaient pour mettre à feu et à sang l’ensemble de la maison. Les blessés s’accumulent, les morts sont comptés, à chaque perte, la défense s’amenuise et la durée de vie se raccourcit. La situation devient intenable pour les blessés qui sont soumis à la douleur corporelle mais aussi à l’ambiance suffocante de la maison en feu.

~~A 5h, il ne reste plus que 12 légionnaires. De nouvelles sommations sont lancées, mais Millan et les derniers légionnaires présents ont juré. Le feu reprend. Les tirs se concentrent, et l’envol vers l’Olympe s’éclaircit. Ce ne sera plus qu’une histoire de minutes. Baïonnettes au canon, les légionnaires prennent la décision de prendre l’offensive dans un dernier élan pour l’honneur, la fidélité, la gloire et l’Empire. Les derniers regards sont échangés, et les légionnaires réunis dans la dernière pièce tenue, se jettent sur les Mexicains. Ils sont tous foudroyés par une salve de balles. L'immortalité est atteinte : la chute se fait par l’appel aux morts. Il est 6h, et le soleil de Camerone descend pour laisser place à l’ombre du repos. Le fanion de la légion se met en berne.

~~Les douze hommes qu’étaient le sous-lieutenant Maudet, le sergent Morzicki, les caporaux Berg, Magnin, Maine, et Bartholotto, Léonard, Catteau, Wenzel, Constantin, Kunassek et Gorski ont rejoint leurs frères tombés quelques heures auparavant, et les Anciens disparus depuis l’Algérie (1831).

« Ils furent ici moins de soixante opposés à toute une armée. Sa masse les écrasa. La vie plutôt que le courage, abandonna ces soldats français, le 30 Avril 1853 ».

Nous perdons le plus beau fleuron de notre couronne, mais gagnons en histoire.

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