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Sabre-et-Esprit

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Soldats et diplomates de l'Armée française

La guerre urbaine : entre ruines et tensions

La guerre urbaine : entre ruines et tensions

~~La guerre est loin d’être une science exacte. Elle est un drame où les principes généraux se confrontent aux incertitudes. De Stalingrad à Palmyre, de Mogadiscio à Mossoul, la guerre urbaine est devenue la nouvelle convenance de la politique de la guerre.

1) A Stalingrad

Dans le déroulement de la Seconde Guerre mondiale, les batailles pour Moscou et Stalingrad furent considérées dans l’après-guerre comme étant les tournants capitaux de la guerre à l’Est. La force morale des armées soviétiques autorisa le haut commandement à déborder la Wehrmacht sous le l’autorité du Général Paulus, qui avait reçu l’ordre de Berlin et de l’OKW, de tenir à « tout prix ». La tactique de l’encerclement de l’Armée rouge mit hors de combat toute une armée de 380 000 soldats germaniques sur laquelle compté Adolf Hitler pour récupérer le pétrole du Caucase et remporter ce qu’il nommait « la guerre économique ». Quel symbole, quelle force pour tout un Empire que de marcher sur la ville qui portait les lettres de Staline.

~~De l’opération Barbarossa s’était dégagé l’un des plus grands affrontements militaires en zone urbaine : « l’avenir du Caucase se décide à Stalingrad » (Alfred Jodl, Generaloberst de l’armée allemande). C’est dans une ville ravagée par les bombes que s’opposèrent quelque 450 000 soldats du Reich allemand et de l’Union soviétique. Une bataille d’une nature particulière, dans laquelle l’homme subit la foudre de la psychologie de proximité. L’esprit de conquête est délaissé pour la survie du mètre carré. Chacun défend son sillon. Plus de statistique, plus de géographie. La lutte acharnée se résume aux bastions voisins. Le duel se noue à des causes atypiques - en parallèle des batailles du XIX siècle – qui influent sur les hommes, la bataille, et la guerre. C’est l’heure la plus sombre du brouillard. Chacun se demande quand se lèveront de nouveaux les rayons du soleil.

~~A Stalingrad, le commandement des armées et la direction supérieure des opérations se retrouvent nez à nez avec l’incertitude de temps : qui tombera le premier devant la faim, la soif, la mort, la peur, l’envie et la perte de volonté dans la croyance d’un triomphe. Quel drôle de théâtre que la ville !

Dans ces guerres de ville, l’héroïsme côtoie bien souvent la barbarie.

2) La bataille de Mogadiscio

~~En 1993, c’est la bataille de Mogadiscio (mise en film par Ridley Scott dans la « Chute du Faucon noir »). Black Hawk Down s’est déroulée du 3 au 4 octobre 1993. Des Rangers et des Delta Force, sous les ordres du général Garrison, tentent d’investir le marché de Mogadiscio en Somalie pour récupérer les têtes pensantes du général Farrah Aidid. L’opération débute le 3 octobre. Quelque 40 opérateurs de la Delta Force doivent prendre d’assaut un bâtiment repéré comme étant le centre de commandement ennemi : le centre de gravité qu’il faut sécuriser et protéger. L’action est à la fois terrestre et aérienne. Elle implique quelques Humvees au sol, des UH-60 en l’air qui effectuent des missions de renseignement et MEDEVAC, avec un soutien d’appui-feu de MH-6 little Bird.

Mais à la guerre, rien ne se passe comme le voudraient les hommes. Les plans de guerre sont rapidement mis en défaut. Un Black hawk sera touché, puis un second, les hommes se retrouveront encerclés par les troupes somaliennes et toute une ville en furie. Les Rangers et Delta force doivent en effet, composer avec la population. De plus, les communications seront coupées, et le ravitaillement fut rendu difficile par le manque de préparation et de coordination. Les convois seront cernés, mis à mal par de l’armement léger, et l’évacuation se fera sous les tirs nourris d’un adversaire opérant depuis les hauts des immeubles. Qui contrôle les hauts, maitrise les bas.

~~ Cette ville se transforma trop rapidement en nid de frelons. Un nid attaqué de plein fouet ! La bataille se soldera par la perte de 18 soldats du côté américain, et 84 blessés. Une dure réalité pour une nation qui avait triomphé dans l’Opération Desert Storm deux années auparavant. Mais entre les plaines sableuses et la guerre de ville, les tactiques fluctuent. La suprématie des airs s’effacent devant la porosité terrestre.

3) "L'ultime champ de bataille": vaincre en ville

~~Dans l’ouvrage, « L’ultime champ de bataille, combattre et vaincre en ville » (édition Pierre de Taillac, 2016), Frédéric Chamaud et le Colonel Santoni ont cherché à retracer les tendances lourdes et incertaines des combats urbains. De Beyrouth à Sarajevo, y sont illustrées « les tactiques employées depuis les années 1930 lorsque la guerre s'est installée durablement au cœur de villes. En analysant une douzaine d'affrontements majeurs, ils font découvrir les particularités de ces combats, décryptent l'évolution des opérations et expliquent pourquoi ce « terrain » est en train de devenir crucial. Avec l'apparition des drones, et bientôt de robots, c'est dans les espaces urbains et confinés que se dérouleront les derniers combats d'homme à homme, où le nombre et la qualité des combattants et des chefs de guerre seront encore déterminants. C'est de manière inattendue le lieu du retour de la manœuvre classique. C'est, en ce début de XXIe siècle, « l'ultime champ de bataille »… ».

On peut retrouver une analyse de l’ouvrage sur le blog du Colonel Goya : http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2016/04/lultime-champ-de-bataille-un-livre-de.html

En guerre urbaine, on voit se déchainer toutes les passions humaines : l’orgueil se mêle à la folie, la ruse se frotte à l’idiotie, l’audace à la réticence, le courage à la peur… La nature de cette guerre est froide et bien souvent cruelle et dévastatrice.

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