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Sabre-et-Esprit

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Soldats et diplomates de l'Armée française

La mission d’exploration du Congo-Nil par le Commandant Marchand

La mission d’exploration du Congo-Nil par le Commandant Marchand

~~Loin de chez nous, en Afrique, combattaient des bataillons français, pour contribuer, à toi belle patrie, à ta splendeur et à ta gloire. C’est loin de chez nous, qu’ils combattaient, oh aventure qu’ils nous disaient. C’est loin de chez nous, qu’ils combattaient, pour notre paix et douce vie.

Par le fer et l’araire.

Le Général de division, Jean-Baptiste Marchand, était un explorateur militaire qui fut rendu célèbre par sa mission d’exploration du Congo-Nil. Une mission qui avait pour dessein de pousser les Britanniques à délaisser un peu de leur absolue témérité sur le continent africain, et notamment envers la vieille Egypte.

Théophile Delcassé, alors ministre des colonies, en voulait beaucoup à cette Couronne qui s’octroyait les terres d’Afrique en propriétaire naturelle, voire éternelle. A croire qu’elle avait été bénie par la grâce d’une bulle pontificale lui assurant la détention du monde avec l’approbation d’un Testament d’Adam. Le même testament qu’avait refusé aux Espagnols et Portugais, le monarque François au temps des trois grands Rois.

C’est ainsi, dans un état d'état d'esprit d'insoumission, que fut étudiée la mise en place d’une expédition coloniale en direction de Fachoda par le ministre des affaires étrangères, Gabriel Hanotaux. Ce dernier ne manquait pas d’appétit, puisqu’il convia à l’étude de ses projets, le capitaine d’infanterie de marine, Jean-Baptiste Marchand. Un fils de menuisier qui avait rejoint à 19 ans en volontaire le 4 Régiment d’infanterie de marine. Plus que volontaire, le jeune Marchand s’était fait une idée bien réfléchit de son avenir, et à 21 ans il avait décidé que son destin serait dans les armes, auprès des enracinés de la France.

Ce qui plaisait au Capitaine Marchand, dans les grandes lignes présentées par le ministre Hanotaux, c’était sa radicale autonomie pour préparer sa mission. Ce qu’il avait bien saisi, au détour d’un débat plus qu’animé, c’est qu’il fallait emmerder l’anglais. Et ça, emmerder l’anglais, ça ne pouvait que plaire à un officier français du XIX siècle. Dans chaque esprit étaient les souvenirs de la Grande Armée, de Trafalgar et de Waterloo…

Finalement, la seule directive qui lui fut imposée par le gouvernement français tenait à préparer la formation d’un protectorat au sud du Nil. Pour le reste, l’officier avait sa liberté d’action. Il jouissait du principe d’auto-décision. Plutôt « l’audace » que « la retenue » lui avait signalé le ministère des affaires étrangères.

Malgré les lenteurs des autorités politiques, le capitaine Marchand, entouré d’une équipe d’officiers avertis et chevronnés, se lança dans l’aventure en 1896. L’élan était ravageur. Les peuplades de l’Afrique noire regardaient avec des yeux enflammés ce libérateur qui venait briser les chaines britanniques. Ces nouveaux uniformes aux paroles latines ne ressemblaient en rien à l'ancien colonisateur : plus civilisés, moins destructeurs. Ces nouveaux hommes blancs étaient respectueux des coutumes locales. A leurs fusils, ils liaient la charrue. "Et ça, ça plaisait".

Mais très vite les décisions se heurtèrent à la réalité des relations européennes en Afrique : la France était en confrontation directe avec les forces belges et britanniques. Et en septembre 1898, un certain Lord Kitchener - dont Churchill reconnaitra qu’il était l’un des plus grands officiers de l’histoire de la Couronne - décida à son retour du Soudan, qu’il en était assez de ces ébauches françaises. Il exigea du Capitaine Marchand qu’il évacue Fachoda.

«

- C’est bien par ordre du gouvernement français que vous occupez Fachoda ?

- Oui, mon général, c’est par ordre de mon gouvernement que Fachoda est aujourd’hui poste français.

- C’est mon devoir alors de protester au nom de la Sublime Porte et de Son Altesse le khédive que je représente au Soudan contre votre présence à Fachoda. Inclinaison de tête.

- Sans doute, votre intention est de maintenir l’occupation de Fachoda.

- Oui, mon général ; et j’ajoute qu’au besoin nous nous ferons tous tuer ici avant… »

S’ils s’en remirent à leurs diplomates, il s'en fut de peu que les canons raisonnent aux abords de Fachoda. Cela aurait été un nouveau Camerone pour l’infanterie, car nul doute sur la suprématie numérique des Tuniques rouges. Finalement, dans un souci d’éviter un affrontement direct avec l’armée anglaise, la France évoqua un danger sanitaire pour retirer ses troupes. L’honneur par la mort fut évité, mais le protectorat français dû être oublié.

C'est ainsi que se termina la mission d'exploration Congo-Nil. Une mission pour la France, qui avait impliqué douze membres sous l’autorité du commandant Marchand. De jeunes et ambitieux français, au destin marqué par cette volonté de faire rayonner la France en Afrique noire. Accompagnée par 150 tirailleurs et une logistique moderne, l'expédition se sera étendue du Congo à Djibouti, pour s’éteindre devant le fort de Fachoda.

« Le nom de Marchand raisonne encore dans le sable chaud de Djibouti. Au souvenir de ces membres qui surent tenir tête au vainqueur des Boers, proposant leur mort pour seule formulation de reddition ».

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