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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Pierre Sergent : de l'engagement (2)

De la honte.

C'était l'humiliation qui remontait pour Pierre Sergent, de ces paroles du 17 juin 1940. « c'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat ».

Pour l'enraciné qu'il est, comment pouvait-on cesser ce qui n'avait été. Une nation ensoleillée par ce mythe de l'unité ne devrait elle pas combattre, quitte à chuter dans le chaos éphémère ? C'est ce qu'on lui avait appris à l'école de la III république : de la grandeur de la France éternelle. L'existence d'une nation en armes consolidée à Valmy, où le citoyen est soldat.
Il ne comprenait pas. Il ne s'admettait pas que la France allait déposer les drapeaux de la garde devant l'Allemagne alors même qu'elle avait fait le serment de se défendre.

Saisi en bloc, le jeune Pierre ne douta ni de lui, ni de sa volonté. Un homme a des obligations et des devoirs. Les droits ne viennent qu'en paix. Et le temps était à la guerre...

Apprenant par des proches l'appel d'un général parti pour Londres, l'espoir renaissait. Il comprit que le drapeau tricolore gisait quelque part. Ce n'était pas à Paris, où il avait été remplacé, mais à Londres. En Albion. Rien n'était perdu. La vengeance qu'il s'était juré d'accomplir, allait lui donner raison : « nous ne pouvons pas accepter que les Allemands soient maîtres chez nous ! Déjà je rêve que tous les Français s'unissent pour combattre l'envahisseur ». Ces rêveries étaient celles d'un promeneur solitaire.En France, le courage n'est toujours l'affaire que de quelques-uns. Un pays si divers de cultures régionales a grand mal à s'unifier. L'ennemi n'est jamais commun à tous.

Néanmoins, la voix qu'il réécoute en boucle sur sa radio, celle d'un de Gaulle qu'il considère comme la renaissance de Vercingétorix (« vertu guerrière et entêtement »), ne peut qu'ouvrir les portes de la résistance : c'est la nouvelle guerre des gaules.

 

Résistance nous-voilà !

La désobéissance au régime de Vichy se concrétisa par les premiers instincts de l'engagement. Le jour, le jeune Pierre chantait « Maréchal nous voilà », et le soir il écoutait en silence la BBC. La collaboration devait être d'apparence. Seul le combat était pour lui l'impératif catégorique de la France noble et généreuse qui s'était vaillamment battue à Verdun.

L'enfant du siècle ne pouvait supporter la disparition de son identité. Ses racines semblaient quittaient petit à petit le sol qui l'avait élevé. La même terre à laquelle il avait consenti obéissance.

Le soleil d'Austerlitz qui l'avait fasciné dans ses rêveries était tombé pour laisser place au sombre désastre de la soumission. Un servage marqué par la patte de l'envahisseur. Les cinémas étaient habillés de la Croix gammées, les soldats allemands défilaient en chantant le Hali, halo, l'Aigle avait remplacé le coq. Cela devait cesser. Et vite.

Après la patience et l'observation, Pierre Sergent rejoignit l'école de la gloire. Ces premiers pas dans la résistance, il les fit au F.N (Front national). Il portait alors les journaux, jetait des tracts dans les jardins, cachait la nourriture rationnée par la Wehrmacht, avec toujours cette ferme intention d'agir pour la France libre. Puis à l'hiver 1943-1944, l'engagement se fit plus actif : il retira de son fourreau l'épée du combattant gaulois. A 16 ans, il avait lutté par l'esprit. A 17 ans ce serait par le sabre. C'est l'âge où « l'ont meurt facilement pour une idée, pour un rêve ». Mais que la mort sans regret est glorieuse.

Actif et résistant de sang, les premières nuits furent dédiées à l'apprentissage militaire. Avec ses camarades, ils intériorisaient les théories et principes de la guerre. Ne disposant pas de manuel d'artillerie, ou de petit livre de la résistance, ils combinèrent raisonnement et spéculations sur la pratique de la contre-insurrection. C'était nouveau pour eux, et ça faisait bien longtemps qu'on en avait oublié en France, les principes de la « Petite guerre ».

Pierre dut apprendre avec diligence le maniement des armes. Il répéta chaque jour le montage et le démontage du fusil. Il assimila les déplacement, la marche et la formation de combat. Puis rapidement, il s’entraîna à se déplacer camouflé et armé. Ils savaient tous que le résistant se devait d'être mué. Silencieux, les actions de sabotage auraient en majeure partie lieu au clair de lune.

Cet apprentissage d'aguerrissement fut intériorisé en cours du soir. Le bac approché, et ce n'était pas l'examen qui l'attirait, mais la bataille. Sa première bataille, lui pour qui la guerre était un art distingué.

A la fin de son examen, en juin, qu'il rejoignit le maquis. Surpris par cette décision qui provenait du maquis lui-même (il l'avait appris d'un des fils de professeur du lycée Louis-le-Grand), cette nouvelle ne put que bousculer ses sensations. Mais pas d'hésitation pour ce petit enfant de tribun : Pierre avait signé, et pour lui, le serment est plume de l'honneur.

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