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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Pierre Sergent : l'âge de la résistance (3)

Le 4 juin 1944, deux jours avant l'opération « Overlord », Pierre Sergent attend. A l'ordre du jour : « rien de nouveau ». Lorsqu'il apprit que les Alliés avaient débarqué sur les plages de Normandie, ce fut l'émoi pour ce résistant du plus jeune âge. C'est à partir de cette poétique phrase verlainienne « les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone », qu'il comprit que le combat allait enfin avoir lieu.

De ce message diffusé sur les radios de la résistance, débuta le départ du jeune Pierre. Le 7 juin, c'était à la gare d'Austerlitz qu'il devait se rendre. En direction d'Orléans le groupe estudiantin dont il fait partie, qui compose un Corps Franc, décida de rejoindre la ville libérée par Jeanne d'Arc en 1429. Les Allemands contrôlaient les voies de chemin de fer ce qui imposa à cette jeunesse de volontaire d'emprunter les chemins terrestres. Le 8 juin, le groupe est à Orléans. Le 9 à Férolles. Le 12 juin, le corps franc « liberté » dont est membre Pierre arriva enfin aux fameux P.C du « Canadien ». Enfin le maquis. L'environnement est salivant. Les résistants sont armés de carabines U.S, d'armes livrées par l'aviation alliée (pistolets, mitraillettes, explosifs...). Dans la soirée, le groupe « Liberté » fait la rencontre de Jean Ziegler, neveu du général Koenig et candidat à Cyr. C'est le chef, celui qui dirigera les opérations.

Le 13 juin, les Allemands réalisèrent des missions de nettoyage. Le maquis décida alors d'établir de nouveaux ordres affiliés à la contre-insurrection : « le Corps francs va éclater en petit groupe (…) ; la mission est d'harceler de toutes les façons possibles les convois allemands ; les groupes seront entièrement autonomes ».

Ce sont des groupes commandos qui sont formés. Il faut mener l'embuscade. Réaliser des patrouilles de reconnaissances et assaillir l'ennemi de tous les côtés. La lutte était à la technique commando. La concentration des forces devait être mise au profit du harcèlement. Pour cela il fallait être mobile. L'objectif de l'attaque commando est de réaliser un maximum de dégats par petit groupe d'hommes. L’Allemand doit être hanté par la peur d'être attaqué à tout moment.

Pour survire, le groupe de Pierre Sergent se nourrissait auprès de la population française. Les cibles choisies étaient les fermes. Le paysan a l'esprit du soldat. Comme l'écrira Pierre « une fois de plus, ce sont les petites gens qui donnent l'exemple ». Ces gens sont ceux en qui il croyait dans ses rêves d'union contre l'envahisseur. Les mêmes qui auraient voulu combattre, et qui ont combattu à leur manière. Ceux qui n'ont jamais cessé de vouloir se défendre, mais qui ont eu le sentiment de l'abandon. Là était le véritable cœur « blessé ».

Fin juin, le groupe de Pierre Sergent mena une embuscade sur la Nationale 722 : « nous sommes crispés quand débouche un side-car monté par deux Allemands ». Aucune hésitation. Les carabines U.S crachèrent leur feu. Les tirs se firent tendus. Mais hélas, aucun des deux hommes de la Wehrmacht ne fut touché. C'est un demi-échec pour le corps franc « Liberté », qui peut néanmoins être fier de son engagement. Le side-car hors de portée, le commando se retira dans la forêt où étaient installés les caches d'armes, les munitions et le ravitaillement en vivres.

Ainsi, le temps avançait dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Et de moins en moins les maquisards se sentaient isolés dans leur action. Volaient au-dessus de leurs têtes une quantité d'avions alliés grandissante (Canadiens, Anglais et Américains principalement). C'étaient les joyaux de l'aviation : Lancaster, Hurricane, Spitfire. La bataille de la France était engagée pour la domination des airs. La lutte contre les as de la Luftwaffe serait égale à La bataille d'Angleterre.

Du mois de juin au mois d’août, le maquis où était installé Pierre Sergent poursuivit ses actions commandos contre les troupes allemandes. Les résultats ne furent pas si décisifs que l'aurait voulue cette jeunesse engagée, mais les harcèlements créaient au sein de la population, un sentiment de délivrance, quand les Allemands se sentaient de plus en plus en insécurité sur le territoire français. Comme l'écrira le jeune résistant : « 
nous attaquons les véhicules isolés, coupons les lignes téléphoniques, dressons de légers barrages sur les routes. Mais la crainte d'attirer de terribles représailles sur la population freine considérablement nos ardeurs. Pour un soldat allemand blessé, des dizaines d'otages risquent la mort ».

A la fin du mois de juillet. Le jeune résistant reçut un courrier à son domicile. Cette lettre cachetait de son école contenait les résultats du bac. Lorsqu'il l'ouvrit, il fut enjoué de lire la notation de l'administration : admis. C'est à ce moment-là que lui vint à l'idée qu'il pourrait faire de son engagement dans le maquis, un engagement conventionnel et national. La guerre semblait n'être qu'une question de temps, et Pierre Sergent devait penser à son avenir : la perspective du temps où il serait adulte. Le temps de la mise en pratique des obligations et des devoirs tout en disposant de droits.

C'est sans doute, ni hésitation qu'il se chuchota à lui-même : « je serai officier ». Il serait officier de l'armée française. Enfin il pourrait ressembler à ces gradés qu'il vénérait, les Napoléon, Lyautey, Gallieni. C'est ce sentiment qui pousse les hommes d'ardeur à s'engager : la force irrésistible de l'envie par l'instinct. Pierre Sergent comme Saint-Marc l'avait toujours su. Et le soir, à la nuit tombante, il saisit une plume, de l'encre et une feuille. Il nota à la lueur de sa lampe à pétrole : « la voie que j'ai choisie... se résume en un mot : « dévouement ». Dévouement à la France d'abord, mais aussi aux hommes ».

Il s'en doutait. La France de l'après-guerre serait à rebâtir. Épuisée, fatiguée par des années de perdition, l'histoire laissait à craindre des mouvements politiques et sociaux sur le territoire métropolitain et outre-continent. Il faudrait pour la sauvegarde des intérêts nationaux, du monde dévoué. Ce monde serait destiné à assurer le premier des commandements humains : la sécurité. Lui, homme de caractère voulait être de ceux qui sauraient maîtriser la violence par l'uniforme tricolore.

 

C'est donc en toute logique de corps et d'âme qu'il choisit la voie des armes : en route vers Saint-Cyr, l'école des officiers de l'armée de Terre. En chemin vers le triomphe de ses idées.

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