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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Pierre Sergent : rencontre avec le général Leclerc (4)

« Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière : c'est-à-dire de la France qui se bat. C'est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle."

Le 26 août, Paris fut libérée de la présence allemande. Il ne restait que quelques bastions indociles, mais dans l'ensemble, Paris respirait. Le général de Gaulle pouvait tranquillement déchaîner ses vers en prose sur les radios de France, et c'est avec l'âme apaisée, qu'il descendit avec Georges Bidault l'avenue des Champs Elysée.

L'ennemi avait été balayé par six jours de siège, et la résistance française, commandée par Rol-Tanguy, y était pour beaucoup. La bataille de Paris fut gagnée en 6 jours, et le Paris occupé se transforma en Paris libéré.

 

Leclerc dans Paris, 26 aout 1945

On pouvait voir dans toutes les rues de Lutèce, des militaires alliés armés de carabines US. Au mythe du soldat germanique, succéda la mystique du GI's beau et souriant au porte-monnaie bien rempli. La foule ne pouvait que se presser de voir rouler sur le goudron parisien, les Jeep et chars Sherman.

Mais pour Pierre Sergent, ce n'étaient pas les carlingues alliées qui le comblaient. Ni de Gaulle ou Chaban-Delmas. Celui qu'il regardait avec passion et respect, c'était le chef militaire de la France libre. Le génie de la 2e DB. Ce cher Leclerc qu'il n'avait jamais vu de ses yeux, mais dont il avait suivi l'avancée à travers les comptes rendus des Forces françaises libres.

Il était là Leclerc. Il était incroyable ce Leclerc. C'était le véritable héros de toute une génération de résistants. En tenue kaki, le képi bien installé, il imposait. Pierre Sergent n'en avait que pour lui. Lui le chef de guerre. Lui ce fin tacticien aux sens éveillés.

Jusqu’au bout, la bataille de Paris était restée pour Leclerc, la bataille de la psychologie renversée : la Normandie tombée, Paris marquerait le refoulement des Allemands hors de France. Paris devait être pour l'Allemagne d'Hitler, le Stalingrad de l'Ouest.

C'est pourquoi, bien avant la lettre écrite de de Gaulle à Eisenhower du 22 août 1944 relatant la volonté du général de libérer Paris, Leclerc avait pris la décision de foncer avec sa 2eDB. Pour lui, la situation était grave. Il fallait concentrer les efforts, pour appuyer le sort de la bataille. Finalement, après d’âpres combats, le général Leclerc reçut le 25 aout la reddition du général von Choltitz. Le 26 il marchait dans Paris, à côté de de Gaulle.

Tout cela était impensable ! Inconcevable, et pourtant, cela se fit. Leclerc avait libéré Paris. Et Paris avait été sauvé avec le concours de la France.

Or, ce 26 aout 1945, Pierre Sergent était lui aussi dans Paris. Il se retrouva nez à nez avec cet homme qu'il vénérait à travers ses exploits militaires (l'Afrique, la Normandie, Paris). Quelle rêverie : « piteux, ulcéré, je regarde s'éloigner, debout dans son command-car, celui dont l'image était épinglée depuis si longtemps sur les murs de ma chambre ».

Et là, à la manière des Anciens, le commandant de la 2e division descendit de son command-car. Distingué en auguste chef de guerre, il marcha vers ses jeunes pleins de courage et d'audace. Exaltant de ton, voilà le moment tant attendu par Pierre. Le général se tourna vers lui et après quelques mots exaltants sur la résistance de cette jeunesse de 18 ans, il allégua : « continuez sans hésitation à préparer Cyr ». Les mots étaient lâchés. Ils prenaient une tournure d'ordre. Il fallait confirmer ce dévouement. Le même qu'il avait fait connaître à sa mère en 1942. Il deviendrait officier.

En effet, la France serait bientôt libérée. Et la France aurait besoin de ses officiers.

 

Général Leclerc, distingué Maréchal

Philippe de Hautecloque, dit Leclerc, était lui-même passé par Cyr. Descendant de la noblesse d'épée, Leclerc avait toujours été tenu de faire ses preuves. En preux chevalier, attaché à sa terre, il fut admis à l'Ecole militaire de Saint-Cyr en 1922. Promotion Metz et Strasbourg (symbole d'un entre-deux-guerres revanchard) Philippe de Hautecloque était sorti major de sa promotion. Nul doute sur sa destinée : ce serait la Cavalerie à Saumur (une Ecole qui combattit en juin 1940 sous les ordres du Colonel Michon : « jusqu'à l'extrême limite de ses moyens de combat, éprouvant de lourdes pertes, et inscrivant dans les fastes de la cavalerie une page digne entre toutes de son glorieux passé  »). Dans cette enceinte militaire, il redora la volonté du Duc de Choiseul d'offrir à Sa Majesté le Roi Louis XIV, une force à cheval.

S'exerçant au quotidien à la tactique de la guerre motorisée, il porta au sommet de l'Etat-major son combat pour l'instruction et la formation. Et ce, jusqu'à être lancé pour la libération de la France avec la 2eDB.

 

Continuez

Alors, quand un officier de cette hauteur vous dit « continuez sans hésitation à préparer Cyr ». Vous l'entendez. Vous l'écoutez. Et vous mettez vos pas dans ceux de l'autorité.

Pierre Sergent devait continuer. Il poursuivrait jusqu'au bout cet engagement qu'il avait projeté. « Je serai officier ». Il sera bien officier. Et après le maquis, son cheminement le mènerait de Saint-Cyr à l'Indochine...

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