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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Pierre Sergent : un enraciné à la puissance combattante (1)

"Ce sera la fierté de ma vie d'avoir connu ces hommes, ces seigneurs" que je salue et que j'estime et que j'admire".

Lieutenant-colonel Guiraud

 

Il est des temps où les hommes sont de grandeurs naturelles.

La période qui prolonge la Seconde Guerre mondiale a été pour la France une période de renaissance. Renaissance des hommes et des pensées. Pierre Sergent est de ces êtres qui exalte le sentiment de respect, de puissance et de volonté. La volonté d'entendre, d'écouter et de suivre. Quel type d'homme peut sa prévaloir d'avoir élevé autant de soldats au-dessus des simples principes du savoir-vivre. Combien d'hommes ont le mérite d'avoir incarné par l'uniforme, les valeurs supérieures de la dignité. Qui sont ceux qui ont porté sur leurs épaules les impératifs catégoriques du devoir au nom d'un idéal. D'une idée française, d'une conception de la grandeur d'un pays largement embourbé dans les courants contraires du prestige national. Pierre Sergent est de ces êtres à la puissance de volonté, injustement offensé par sa propre patrie.

 

« Ne laissez jamais la poussière des faits vous voiler l'idéal ».L'efficacité de toute personne réside dans sa propre idiosyncrasie. Elle dépend de la volonté à prendre en main les ficelles de son avenir.

Pierre Sergent est né en 1926. Une année de l'entre-deux-guerres marquée par la présidence d'Aristide Briand au Conseil, par les descentes remarquées des Camelots du Roi, ou encore par la fragile république de Weimar, héritière de la guerre.

En 1936 il connaît le sentiment de haine. Il découvre la fureur ouvrière. Les hommes au marteau, descendent dans les rues manifester contre le pouvoir. Mais ça ne lui fait pas peur, lui le gaillard de Seine-et-Oise élevé par la doctrine de son paternel :« le travail d'abord ».

L'enfant chrétien est impatient. Impatient de pouvoir prouver qu'il est comme ces militaires qu'il admire : ceux qui ont eu le caractère de se battre jusqu'en 1818. Ceux qu'il nomme les « hommes de caractère au courage du soldat ». De lectures en lectures, il s'abreuve de cette esprit de faucon. Il notera d'ailleurs sur un papier : « la guerre me semble un sport très noble (…) et j'envie ceux qui ont eu la chance de la connaître (…) je rêve à ma guerre ». Quel enfant audacieux ne rêve t il pas de lutte armée ? C'est aussi ca la bravoure : vouloir combattre.

Sa guerre, elle ne tardera pas à se présenter. Et c'est la rage au cœur qu'il va l'affronter. L'Allemagne envahit la Pologne en septembre 1939. Elle s'empare du Danemark, de la Norvège, de la Hollande et de la Belgique. Bientôt, ce sera au tour de la France de tomber face au voisin germanique soutenu par Wotan. Le 14 juin 1940, les Allemands sont dans Paris. Hitler a gagné. La France est tombée. Et le 17 juin, grippé dans son lit, Pierre Sergent entend une voix s'adresser à lui, comme à 40 millions de français : « je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur ». C'est le Maréchal Pétain. Celui de Verdun. Le chef de Rethondes. Et cette voix qui fracasse son âme, de poursuivre : « c'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat ».

L'homme qui avait pris le commandement des troupes à Verdun, le 26 février 1916, demande à la France de rendre les armes. De mettre un terme aux hostilités. Il faut déposer les drapeaux devant l'Aigle. C'est un nouveau Sedan. L'allégorie du sacrifice n'est plus.

Le voisin d'outre-Rhin l'a de nouveau emporté. Sans Moltke, mais avec Guderian, von Manstein et Rommel. La Wehrmacht a triomphé.

Pierre Sergent, homme au cœur lourd, imprégné de cette puissance antique à vouloir combattre se sent trahi. Comment un pays peut-il si vite s'écrouler sans même vouloir lever l'épée. Le drapeau n'a-t-il si peu d'importance aux yeux de cette nation ? La décadence, voilà ce qui tend au nez de ce pays endormi. Il saute de son lit, est faisant face à sa mère, il se place en orateur et tonne : « alors, lui aussi c'est un salaud ». Mais pour cette dame de la Troisième République, le géronte Pétain est un homme sage. Un mythe qui ne peut qu'avoir raison. Comment ferait-il fausse route ? A-t-il le choix ?

Pour Pierre, la France s'éteint sans volonté de lutte : la matière de l'existence n'est plus. Inerte est le coq.

Dégoûté, c'est une révélation que cette armistice sans combats. Il décide de lever la tête, de ne pas courber le dos comme cette race d'hommes qui acceptent la défaite sans donner sens à leur existence.

« Je ne raisonne pas, c'est mon instinct ». L'enraciné français jure de venger son pays...

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