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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Pierre Sergent : un jour à Saint-Cyr

« Saint-Cyr, c'est un nom qui claque au vent comme un drapeau ! C'est un coup de clairon, chargé de défi et de fierté. C'est un nom qui sonne.Voulant voir si l’École était bien digne d'elle. Du ciel, la Gloire, un jour, descendit à Saint-Cyr ».

 

Dans l'après-guerre, l'antimilitarisme battait son plein. Le communisme faisait savourer des milliers de socialistes. Le général Leclerc, héros de Paris, était devenu pour une partie de cette caste des gauches enorgueillie par leur nouvelle posture mondaine opposée à la guerre d'Indochine, le SS d'hier.
Conneries sur crétineries, la propagande opposée à l'armée française se laissait à présenter les soldats français comme des meurtriers. Des assassins. On croyait rêver.

Le Caso

« Il faut avoir la foi chevillée au corps pour vouloir être officier au milieu de la désaffection générale. Car tout semble fait pour semer le dégoût dans nos rangs (…) A l'intérieur de l'armée, le moral est de moins en moins brillant. Beaucoup d'officiers sont victimes de la loi de dégagement des cadres. Beaucoup démissionnent. Nous sommes quelques-uns à réagir en cherchant partout des raisons d'espérer et de poursuivre et en nous serrant les coudes ». Pierre Sergent n'avait pas vocation à rester docile. L'écoute des âneries au sein même du courant des idées politiques le révoltait. Il décida de réinventer le journal de la préparation à l'Ecole Spéciale Militaire, Le Caso. Secondant Alain de Pennart, il soutint ce dernier à se tourner vers les Anciens de Saint-Cyr pour obtenir de l'aide à la remise sur pied du média papier des officiers Terre.

Trois officiers se donnèrent à cœur joie d'aider la relève. Il s'agissait du capitaine Dufourcq, du lieutenant de Sesmaison et du sous-lieutenant Moinet. Le deuxième écrivant « une armée demeurera Elle sera toujours composée d'hommes ». Cette armée composée d'hommes combattants et formés aux coutumes traditionnelles et modernes auraient pour vocation de défendre l'intégrité de la République, ainsi que la souveraineté de l’État partout à l'Empire français l'exigerait. Trés vite, Le Caso mit l'accent sur le besoin de défendre la grandeur de la France à travers le globe.

Une guerre perdue en quelques jours ne devait pas signifier la conclusion du rayonnement français. Bien au contraire, comme la Prusse après la bataille d'Iena en 1806, la France devait se servir de cette défaite pour se reconstruire, se réformer, et réfléchir sur elle même. Les doctrines militaires devaient être refondées à la lueur des moyens modernes. Et chaque officier devrait y mettre du sien.

Le magazine du « bidasse » Le Caso permit également à Pierre Sergent de pénétrer les cercles traditionnels des milieux militaires. Au-delà des vertus qui étaient au centre des conversations, l'intérêt que porta Pierre Sergent à ces cercles s’accommodait à la rencontre de vrais hommes. Des guerriers. Des soldats-citoyens penseurs. Pas des gringalets de la dernière heure.

La nouvelle promotion de Cyr

A la suite de plusieurs chamboulements administratifs, l'Ecole militaire de Saint-Cyr fut transférée en Bretagne. « L'armée d'aujourd'hui a besoin de terrains de manœuvre, ripostent les modernes. Profitons de l'occasion offerte pour rajeunir l'instruction, en lui donnant un cadre approprié ». Ce cadre serait donc la Bretagne. Un cadre étendu, situé à quelques kilomètres de Rennes. Le nouvel établissement emporterait avec lui l'uniforme de tradition et les vieilles reliques de l’École bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale.

La nouvelle promotion (qui intègre en 1947) inaugura les nouveaux locaux. Sur ce nouveau terreau, fut élaborée une sacrée nouveauté pour les traditions. La corvée des « peluches ». « Il s'agit en fait, pendant un an, de faire suivre au futur officier le sort normal des appelés afin que, vivant au milieu d'eux, il puisse mieux comprendre les difficultés du métier et les réactions de ceux qu'il sera amené à commander ». Cette corvée résultait des volontés du général de Lattre. Ce dernier voulait rapprocher les officiers d'active, des recrues du contingent.

De l'Ecole au commandement par le stage

Les premiers temps à Cyr sont tendus. Les préjugés se font ressentir par les camarades du Prytanée qui connaissent déjà la pratique du chant et de la marche. Le clairon n'a pas de secret pour ces jeunes militaires.

Un second événement atteint l'idée que se faisait Pierre de l'engagement au sein d'un corps armée d'officiers. Il avait été décidé la création d'un « peloton de Cyrards» qui ne serait pas mêlé aux appelés. Les épreuves sont parfois lourdes. La psychologie est aussi du métier de militaire.

Finalement, le temps faisant ses marques, les épreuves furent passées avec mérite et caractère.

En novembre 1947, Pierre partit faire son stage probatoire au 67e B.I. En décembre, il quitta la Champagne pour la Cote d'Azur, et rejoignit le 159e B.I.A. Ce fut un stage dans la troupe, avec la troupe.

Pour devenir un bon officier il faut en effet se joindre à ceux qui acteront le commandement. C'est là un des rôles de l'officier.

Vers Strasbourg

Nouveau changement en 1948.

Alors qu'arrive le chaud de la période estivale, Pierre Sergent partit pour l’École de Cadres de Strasbourg avec les recrues sélectionnées pour devenir caporaux et sous-officiers. Strasbourg aura été l'occasion de croiser le général de Lattre. Quel homme que de Lattre pour ces officiers à en devenir. Le « patron » comme il l'appelait. Le général de Lattre de Tassigny avait pris quelques minutes pour leur lâcher un mot. Il en sortait qu'ils étaient l'espérance de la nation, l'élite de la jeunesse. Le destin de la France reposait sur leurs épaules. Tout un pays attendait le retour de la grandeur national par le sabre et l'esprit de ces futurs officiers.

Quel destin que de conquérir le devenir de la France. Être l'épée d'un pays, ça c'était noble. Surtout pour un ancien résistant qui avait déjà engagé sa vie et sa volonté pour la libération.

A Strasbourg, il triomphe de ce pour quoi il était venu.

« Tout le monde le sait :le militaire à un coté grand enfant. Il aime les joies simples. Je me flatte, pour ma part, de lui avoir fourni pendant près de deux mois l'occasion de se divertir. Grâce à moi, certains ont même peut être cru, l'espace d'un instant, avoir de l'esprit ». Les plaisirs simples de l'homme. Là est la force pour la cohésion. Pierre Sergent avait réussi son stage, et à l'issue, il fut nommé « sergent ».

Au 81e RI

Il s'envola alors pour Montpellier et le 81e RI. Quel drôle d'expérience. Pierre Sergent fut accueilli par un ancien désabusé par l'image que pouvait avoir l'armée au sein de la nation : « de mon temps l'armée faisait encore partie de la nation. Nous savions bien que l'armée française aurait son mot à dire dans un conflit. Nous nous sommes fait éliminer, et nous avons passé toute cette guerre dans des camps de prisonniers. Maintenant, c'est terminé, la France ne jouera plus jamais un rôle de premier plan. Son armée de servira à rien. D'ailleurs, les Français n'en veulent plus. Nous sommes devenus inutiles ». Un pessimisme glacial. Pierre Sergent fut refroidi à l'écoute de ces paroles. Comment cet homme ne pouvait-il avoir en ancien Saint-cyrien, la volonté de combattre. De lutter pour son armée. Comment oublier cet engagement de tant de jeunes, en présentant un aveu de faiblesse. Et l'effort de l'homme dans tout ça ? Loin était l'appel du 18 qui l'avait poussé à prendre le maquis....

L'expérience passée à Montpellier a blessé le sergent qu'il était. Un monde semblait séparer ses rêves de la réalité. Où était passée l'amour de la Nation pour son armée ? Qu'était devenu l'esprit de chevalier ? Comment a-t-on pu faire de l'image du militaire, une canaille sans efficacité ? Le socialisme et le communisme semblaient avoir détruit une large part du sens donné à l'engagement... Il n'y avait pourtant rien de plus républicain que la nation en arme...

L'heure du Triomphe : vers la Légion

Pourtant, Saynt-Cyr c'était la splendeur. Les lauriers. La dignité. L'ambition. « Du ciel, la Gloire, un jour descendit à Saint-Cyr ». Ce 8 aout, ce fut le « Triomphe » de la promotion. Champagne de Labriolle remit le casoar et baptisa par la formule usuelle « A genoux... les hommes... Debout.. les officiers ».

Et puis vint l'heure du choix. Ce fut son camarade et ami Bertrand de Gorostarzu qui le convainquit de son choix. Le jeune, doué d'un intellect comme peu d'hommes n'en ont, si ce n'est les hommes d'exception, était lui certain de sa préférence.

« - Moi, c'est décidé, me dit-il un jour, je choisis la Légion.

- Tu ne crois pas vraiment que nous sommes trop frais et trop roses pour aller commander des hommes de cette trempe ?

- Tant pis, que veux tu. IL ne faut pas « mollir ». La Légion, c'est sensationnel. Lis un peu ce que m'écrit mon cousin. »

Et son cousin n'était pas n'importe qui. « Il me tend un paquet de lettres. Au fur et à mesure de ma lecture, mon enthousiasme grandit. Mon choix est fait : moi aussi je servirai la Légion ». Le cousin en personne dont Pierre Sergent buvait les lettres sans en perdre une ligne était Hélie Denoix de Saint-Marc. Affecté au 4eREM puis au 3eREI, il était de 4 ans son aîné. Et lui était en Indochine avec la Légion...

 

 

Ouvrages :
- Les guerres françaises du XXI siècle (Atelier Fol'Fer=
- L'évolution de la doctrine d'utilisation des Forces spéciales françaises (L'Harmattan)

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