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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

La France et sa Marine - Lapeyrouse-Bonfils

Jamais, nous devons le dire ici, l’esprit français n’a montré plus d’inconstance, moins de suite dans les idées, qu’à l’égard de la marine; jamais, aussi, un pays n’a offert, comme la France, plus de ressources, plus de moyens pour en former une puissante, en peu de temps.

Que l’on consulte l’histoire de notre patrie, et l’on y verra, tour à tour, des gouvernements occupés d’autres intérêts, laissant dépérir nos forces navales; d’autres, au contraire, entreprenant de les reconstituer avec les débris qui restaient encore […]. À leur voix les chantiers se couvrent de navires, les matelots encombrent les ports, des officiers distingués, souvent illustres, surgissent comme par enchantement pour armer, organiser les flottes, et les deux mers voient reparaître avec autant de surprise que d’admiration le vieux et glorieux étendard de la France. Combien les hommes d’État qui vivent et meurent sans avoir connu ou utilisé cette puissance créatrice de leur pays ne sont-ils pas coupables? Il était impossible que cet oubli ou cette insouciance des choses maritimes ne dussent pas finir par donner la supériorité à la marine anglaise, en tout temps l’objet de la sollicitude du gouvernement britannique […].

Ce n’est, en effet, que par une sollicitude de tous les instants que les éléments si nombreux dont se compose le matériel des ports et des armées navales peuvent être préparés et mis en état. Prise au dépourvu, une nation riche comme la nôtre peut, en quelques mois, improviser une armée navale; mais à cette flotte manqueront des moyens de succès que le temps seul, aidé de l’habileté des chefs, peut donner. En principe, une marine, quelle que soit sa force, qui, toute nouvelle, sortira des ports pour combattre, sera nécessairement vaincue par celle qui l’attendra à la mer; tant la véritable organisation militaire du vaisseau et de l’armée, qui est la condition de tout succès maritime, a besoin de la pratique de la mer pour se perfectionner.

Ceci et ce qui précède expliquent pourquoi, depuis plus d’un siècle, les succès maritimes ont appartenu à ceux qui avaient le mieux préparé et organisé ces moyens.

Histoire de la Marine française, Lapeyrouse-Bonfils 

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