Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Pierre Clostermann : le premier chasseur de France

Quel roman d'aventures que la vie de Pierre Clostermann. Vivant d'un demi-siècle, l'histoire vécue de cet homme s'accroche à l'existence d'anecdotes et au croisement de personnages intéressants. Churchill, de Gaulle, Gary est tant d'autres forces de la nature ont été de sa vie, de son roman, de son siècle. Celui qui a été jeune pilote des Forces aériennes françaises libres laisse à notre patrimoine commun, la trace d'un engagement.

 

L'enfance

René Fonck, Garros, la jeunesse française prend très tôt les commandes de ces machines à ailes qui autorisent l'homme à s'envoler dans le ciel, tel Icare allant se brûler les ailes au plus près du soleil. C'est ça, la flamme. C'est cette flamme réjouissante qui pousse ces gaillards à tenter l’impensable. Car depuis la fin du XIXe siècle, les sciences et les machines autorisent l'homme à quitter le sol où il a été pendant tant d'années enraciné, pour de nouvelles mésaventures. Mais cette fois-ci, elles se font dans les nuages. De là on voit mieux. De cette hauteur supérieure au plus haut sommet des montagnes, on contrôle l'observation du dessous. Par le ciel on est maître des événements du sol.

Pierre Clostermann est né le 28 février 1921 au Brésil. Alsacien de sang, le petit courageux est audacieux. Très tôt il s'imagine pilote. A l'âge de 14 ans, il reçoit son baptême de l'air sur l'hydravion Latécoère Lieutenant deVaisseau Paris. Que d'ambitions pour ce Français de l'étranger revenu sur ses terres prendre le pari d'être le nouveau Jean Mermoz. A 14 ans, Pierre Clostermann prouve à son entourage qu'il n'est pas un enfant comme les autres. Il voit haut,il voit grand. Mais d'où peut bien provenir ce besoin de voler ? Clostermann tient en héritage les tentations des fous volants. Clément Ader, Pilatre de Rozier, Wilbur Wright... il les connaît. Il y a la folie de Roland Garros traversant la méditerranée un 23 septembre 1913, pour atterrir avec 5 litres d'essence sur la côte nord africaine. Mais ceux qu'ils admirent, ce sont les pilotes de la Première Guerre mondiale. Georges Guynemer le fascine : ce français de 20 ans a rejoint l'école d'aviation de Pau lorsque la guerre éclate, avant d'abattre son premier chasseur allemand en 1915.

Guynemer compose la "bande noire", les meilleurs pilotes français de l'escadrille Cigognes. Il y a également les autres as du Grand cirque : Mermoz, Nungesser, le diable rouge von Richthofen. Et puis il y a les pilotes littéraires. Le chevalier-poète Kessel, et son Temps de l'espérance. Des livres qui titillent son courage de guerrier. Il veut de cette liberté des airs qui impose une discipline du corps. Il veut connaître les raisons de L'équipage. Il veut prendre note de l'action individuelle, tout en contemplant la camaraderie du ciel.

En 1937, de retour au Brésil, Pierre décolle de l'aéroport de Manguinhos. Il vole à partir d'un De Havilland Tiger Moth. Un biplan britannique utilisé par la RAF pour l’entraînement et la formation. Un 4 cylindres en ligne refroidi par air, qui le pousse à l'addiction de l'acrobatie. La voltige, il la poursuit sur un Bucker Jungmann, un avion de la Luftwaffe, qui le conduit à rencontrer le pilote allemand Karl Benitz. Ce dernier, tué pendant la Seconde Guerre mondiale, est son instructeur.

En 1940, alors que la France et l'Allemagne se sont engagés sur le chemin de la confrontation, Pierre est couronné au California Institute of Technologie d'un diplôme d'ingénieur aéronautique. Ses études finalisées, comme de nombreux pilotes britanniques, et canadiens, Pierre Clostermann s'engage dans les Forces aériennes libres.

 

Le Grand cirque du XX siècle

La guerre des airs n'est pas des plus aisées. Elle se présente à l'homme, et l'homme doit s'imposer à elle. "Les muscles doivent être en bonne condition" (René Fonck), la tête équilibrée, le pilote, entrainé. Tout ce qui est néfaste à la pureté des airs doit être proscrit.

En départ pour la guerre, Pierre Clostermann suit une formation en Angleterre auprès de la RAF. Le royaume de Sa Majesté a décidé de poursuivre le combat. A Sywell, il rencontre Jacques Remlinger. Un ami. Et quel ami, puisque ce pilote alsacien (coincidence ?) sera à l'origine de la mitraille du véhicule du maréchal allemand Erwin Rommel, le 17 juillet 1944.

Suivant les cours d'élève-officier de la RAF, il apprend l'ensemble des méthodes britanniques. Dans le brouillard de l'instruction, il termine premier de sa promotion. L’Angleterre lui permet de voler sur le Spitfire, avion magique de la Seconde Guerre mondiale.

Ses premiers vols dans la guerre, il les réalise au sein du 341e Squadron chargé de réunir les Français qui ont rejoint la RAF. Le 27 mars 1943, il effectue sa première véritable mission opérationnelle : la mission Scramble. Une mission d'alerte avec un décollage d'urgence. Une mission de sûreté aérienne qui contraint à la réactivité, puisque le pilote doit décoller en quelques minutes.

Le 28 septembre 1943, il rejoint le 602e Squadron. Volant à partir d'un Spitfire qu'il détaille au plus loin dans son ouvrage Le Grand cirque 2000, Pierre Clostermann survole l'Allemagne. La même grande étendue germanique sur laquelle s'était refusé de combattre un certain Jules César. Équipé de réservoirs, il appuie un bombardement stratégique mené par des B-17 du Bomber Command d'Arthur Harris. Sur pas loin de 500 avions alliés, les pertes sont sans commune mesure. 200 avions ne reviennent pas.

Parmi les autres missions qu'il conduit au-dessus de la France et de l'Allemagne, la destruction des rampes de lancement de missiles V-1 (Vergeltungswaffe), et l’annihilation de ces mêmes missiles de croisières ornés de la croix gammée.

En mars 1944, touché dans sa dignité, Pierre Clostermann est contraint de bombarder la ville de Bouillancourt, en Normandie. Constatant la mort de nombreux civils, il ressent un sentiment contraire à ses intentions. Comme Manfred von Richthofen au cours de la Première Guerre mondiale, Clostermann voit dans la guerre une joute chevaleresque entre soldats. Laissons à l’écart les civils. Mais la Première, comme la Seconde Guerre mondiale, sont des guerres totales...

En 1944, lors de l'opération Overlord, il vole au-dessus de la plage d'Utah Beach avec le 602e Squadron. Toujours avec son ami Remlinger, il est le premier pilote français à se poser sur l'aéroport de Bazenville.

Médaillé pour ses nombreuses missions de chasse et de reconnaissance, Pierre Clostermann est affecté au 56e squadron en 1945. Au rythme de missions quotidiennes, la frénésie de la guerre l’imprègne. L'intensité, le besoin d'agir et le courage l'épuisent, mais c'est au nom d'un idéal qu'il mène avec audace ses missions. Le 21 avril 1945, il est touché en plein vol par un pilote allemand, ce qui l'oblige à se poser. Le croyant mort, ses camarades l'accueilleront avec la dose de sentiment qu'on peut imaginer lorsque l'on voit l'un des siens rouvrir les portes de l'enfer.

En mai 1945, il reçoit une note du ministère de la Défense : « Je reçus une note du Ministère de l'Air, contresignée d'un général FFI, m'annonçant que par une grande faveur et à titre exceptionnel, on me nommait Lieutenant de réserve ». Pierre terminera la guerre avec le grade de Lieutenant. Il finalise son engagement en officier de l'armée de l'Air.

As des as de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Clostermann est installé sur le panthéon des plus grands pilotes français du XX siècle auprès des Guynemer, Ader, Fonck, Garros, Nungesser. Aux grands hommes, la patrie reconnaissante, comme on dit en République.

Ses angoisses, ses épopées, ses duels aériens, sa vie d'homme-oiseau, ses relations humaines, il les a livrés dans un ouvrage d'expérience aux caractères d'un homme de vertus et de valeurs : Le Grand cirque 2000. « Le seul grand livre de la Seconde Guerre mondiale » selon William Faulkner.

 

A ce pilote de l'Histoire de France !

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article