Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Une armée et son Etat : la Prusse

"La Prusse n'est pas un Etat qui possède une armée, mais une armée qui occupe un Etat". La formule célèbre dans l'histoire du XVIII vient de Mirabeau. A citation écourtée, jugement nuancé. Mais il y a du vrai dans l'exclamation du comte.

La Prusse a une armée. Et quelle armée. Le jeune Frédéric II a succédé à son père, Frédéric-Guillaume I de la maison des Hohenzollern. Quel roi que cet homme bien portant que l'on surnommait partout le "roi-sergent". Un surnom qu'il doit à son cousin d'Angleterre, le roi George II.

Pour les puissances voisines de la Prusse, cet Etat dirigé par le roi-philosophe s'apparente à une caserne composée de plus d'hommes en armes qu'il n'y a de lits. Alors que la France comprend un soldat pour 100 habitants, la Prusse atteint un ratio de 1 sur 27.

Cette militarisation est due au Kantonsystem mis en place à partir de 1733 par le roi-sergent. En effet, le territoire prussien est divisé en cantons, circonscriptions de recrutement militaire. Dans chaque canton, et pendant toute leur vie, tous les hommes valides servent chaque année pendant deux à trois mois. 

Avec la guerre de Sept ans, la moitié des effectifs de l'armée prussienne proviendra des cantons. L'autre moitié relevant de mercenaires. A l'aune de l'année 1760, le ratio de cette société militarisée atteindra son apogée avec 1 soldat pour 14 habitants. 

Quelle Etat-armée pour ce Fritz qui misera tout au long de sa vie sur la rapidité dans l'action. En effet, pour le Prussien de sang, les opérations doivent se limiter dans le temps. Comme Napoléon, Frédéric II n'a pas de minute à perdre. Il faut faire vite et bien. La clé est dans le contrôle de l'espace/temps par le mouvement des troupes. 

Cette armée au centre d'un mitteleuropa germanique n'en a pas moins des faiblesses intrinsèques. La première reste l'opposée de sa force : la durée. Qui veut agir vite craint par évidence le temps et ses longueurs. Or comment un Etat tel-que la Prusse en 1754 pourrait-il résister face à un ennemi largement supérieur en hommes et soldats ?

Comment un Etat tel que la Prusse, entouré de puissances multiples pourrait-il guider sa politique extérieure sans subir la foudre des diplomates ennemis/amis ? Enfin "elle est soumise aux ordres d'un homme qui en dépit de la légende de stratège de génie qui, dès cette époque commence à l'envelopper, est loin d'être infaillible" ? Mais qui l'est ? Frédéric II est sans doute la plus belle chose dont dispose la Prusse. Stratège à la vue longue, il voit grand pour sa terre, son peuple, et sa dynastie. Sa faiblesse tient en sa passion trop forte pour la réduction du temps : à trop vouloir conquérir, il construit autour de lui des hydres militarisées. L'Autriche se fera une joie de répondre aux Hohenzollern par une hausse massive de ses effectifs en 1747. 

A qui en veut à la Prusse ou à son roi, dans ce siècle ou le notre : ce berceau germanique, mère des plus grands généraux de la Seconde Guerre mondiale, reste dans l'Histoire pour sa grandeur. Et l'auteur de L'Anti-Machiavel ne cessera de jouir de son ordre oblique développé dans ses Principes généraux de la guerre pour abattre tous ses opposants. Un Etat, un grand homme, un peuple, et des ambitions de puissances par l'orgueil, la volonté et l'unité, voilà une dialectique de grandeur absolue. Ce fut la logique de cette "armée-Etat", "Etat-armée" du siècle XVIII.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article