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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

La misère des soldats de l'Entre-deux-guerres

Dans la période qui suivit la Première Guerre mondiale, celle que l'on nomme l'Entre-deux-guerres ou "l'armistice pour vingt ans" selon les propos du Maréchal Ferdinand Foch, une importante part des hommes qui avait combattu sur les nombreux champs de bataille, se retrouvèrent dans une misère noire. Ces soldats d'une guerre, devenus anciens combattants, connurent pour beaucoup le malheur de la rue. Un malheur qui n'avait pas d'égal pour ces hommes qui avaient mis à disposition de la Nation toute leur personne physique au nom du devoir de défendre la cité. Mais où était l'idéal national après mots ?

Soupes populaires, absence de logement, misère familiale, les héros d'autrefois étaient devenus les "chômeurs" d'une nation. La misère pour ceux qui avaient porté les armes. L'inflation qui caractérisa cette période historique aggrava largement la dépendance des anciens soldats, qu'ils soient anglais, français, allemands ou russes, à la politique d'Etat providence. Beaucoup de ces combattants vendirent leurs biens. Rien de ce qu'ils avaient acquis au cours de leur vie ne pouvait être garder. Tout ce qu'ils avaient gagné par la sueur de leurs efforts de paysan-soldat se perdit au-devant de la mendicité pendant que d'autres s'enrichissaient. 

Au Royaume-Uni, alors première puissance mondiale sur terre, sur mer ou en économie, quelques centaines de milliers de soldats devinrent des "héros de banc". Les bancs des parcs étaient leur seul lit. Leur seule famille.

En Autriche-Hongrie, l'inflation grappillait petit à petit les dernières soldes des deux dernières décennies. La Pologne nouvelle était gravement touchée.

En Allemagne, en plus de subir la défaite, le Traité de Versailles ("coup de poignard dans le dos"), et l'occupation de la Ruhr par l'armée française en gage de remboursement des dettes au nom des réparations, l'économie était au plus bas. Le Marks perdait de sa valeur jour après jour. Si en 1914, un dollar valait 4,20 marks, en 1923, un dollar équivalait à 44,2 milliards de marks. 

Curieusement, la France s'en sortit mieux que ses voisins. Les temps n'étaient pas à la bonté, mais les blessures et la souffrance des soldats de la Première Guerre mondiale furent bien mieux appréciées en raison de la poursuite des conflits sur d'autres territoires tels que l'Afrique ou l'Asie. On avait d'autres combats à leur proposer. La politique extérieure se poursuivait pour notre Etat du camp des vainqueurs. 

En soi, cet état global de l'Europe occidental, où il n'y eut de gouvernement digne de héros, laissa dire à un jeune journaliste britannique des mots qui symbolisaient à eux seul le compte rendu de l'échiquier social et militaire des grandes nations européennes : "Des officiers en uniforme vendaient des roses dans les cafés". Des milliers de militaires devaient faire la queue pour toucher leurs indemnités. Des milliers de militaires bataillaient dans les hôpitaux pour bénéficier des soins qui devaient servir à couvrir leurs plaies purulentes. Des milliers de militaires en Europe devaient survivre pour lutter cette fois-ci contre la misère sociale.

Cet état noir de l'après guerre, fut celui de centaines de milliers de militaires en Europe. Tombés dans l'oubli, ces héros d'hier étaient devenus pour l'enrichissement de certains, la semence inutile à la croissance. Nul Etat ne semblait méritait ces héros. Ceux qu'on avait détachés de leur terre, pour beaucoup, furent rattaché au seul gravillon de la rue.

Cette misère, c'était la misère de nombreux soldats de l'après-guerre... Les oubliés de l'orage d'acier.

 

 

Dernier ouvrage : "Les guerres françaises du XXIe siècle" (Atelier Fol'Fer, 312 pages)

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