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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Le miracle de l'hiver 1914

C'était un soir de Noel 1914. C'était même le jour de Noêl 1914. Alors que la guerre tonnait partout sur le continent européen, dans une contrée de Flandre, les armes se turent. Ni tir, ni grenade, ni assaut. Le silence était de marbre. Comme cette roche dérivée du calcaire, la journée fut blanche pour quiconque luttait en oriflamme de son Empire.

A ce silence ferme, se succéda une entrée hasardeuse de soldats anglais et allemands qui décidèrent par petits groupes isolés de sortir des tranchées. Les soldats européens des deux armées firent de Noel un jour de trêve. Une trêve passagère, dont tout le monde savait qu'elle s'éteindrait au lever du 25 décembre, mais une trêve si appréciée par ces soldats germains venus d'Angleterre, d'Ecosse, du Pays de Galles, d'Irlande et d'Allemagne.

La rencontre dans le no man's land de ces soldats déracinés de leurs provinces, se consolida par une entente cordiale où l'on convint d'un cessez-le-feu pour donner place à des offrandes. L'échange des étrennes enleva à chacun, pour quelques minutes comptées, ce hasardeux sentiment d'être redevenu simple paysan-soldat. Ces hommes qui menaient il y a encore quelques heures, l'offensive à outrance, se tenaient désormais autour d'un feu commun pour partager ce merveilleux jour du solstice d'hiver. Un 25 décembre en l'honneur de la chrétienté tout autant qu'à la vieille mythologie germano-scandinave qui rend hommage à Wotan et ses pairs. Rien de plus naturel pour ces Européens éduqués à la Bible et aux vers synchroniques de l'Edda poétique. 

Britanniques et Allemands bavardaient, riaient, s'écoutaient, chantaient. Le bellicisme haineux s'était apaisé dans la reconnaissance de son cousin. On se rappelait qu'à cette date, les monarchies se tenaient par le même sang - de George Frederick dit, George V, à Guillaume II - et que la guerre avait le même prix : la destruction commune du sol et de la lignée. 

"Nous nous sentions heureux comme des enfants" écrira un officier saxon dans son Journal de guerre.  Quoi de plus apaisant qu'un rituel européen autour d'un sapin, avec des chants et du vin pour des hommes en guerre depuis déjà plus cinq mois.

C'était en soi, le miracle de Noel. Le seul de l'année 1914. L'unique de la Grande guerre.

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