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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Les "Réprouvés" allemands de l'entre-deux-guerres !

"La guerre est finie; les guerriers marchent toujours"

Avec l'armistice qui s'imposa à l'Allemagne, le 11 novembre 1918, un jeune louveteau né au coeur de l'empire du Kaiser Guillaume II, du nom de d'Ernst von Salomon, allait vivre un moment de désillusions. 

Alors qu'il voyait dans l'Allemagne, l'âme purificatrice d'une Europe bernée par les serments à tout ce qui n'était pas instinctif, l'enfant huguenot ressentait un sentiment d'horreur devant ces hordes rouges qui défilaient dans les rue de la terre d'où il était l'enraciné. Après le retour des troupes germaines du nord de la France, voilà que la masse bolchévique se servait de la défaillance gouvernementale, pour remplacer l'ardeur national par un élan de voyous perfides à tendance universaliste. Un vent antimilitariste soufflait sur l'Allemagne défaite : la vermine était partout. Une période qui laissait à von Salomon ce souvenir non refoulé d'attachement à son uniforme : "je ne pensais qu'à mes épaulettes. tout dépendait des épaulettes". Son honneur avant tout autre forme d'engagement primé dans sa conscience. 

A la révolution idéologique poussait par le haut de la sphère slave, se présentait sur l'autre front celui de la démesure : l'empire Allemand était mis à bas. L'armée qui n'avait pas reculée, ces hommes qui avaient toujours combattu au nom d'un idéal dans l'horreur et la  boue, par delà le sang perdu, se sentaient trahis. C'était l'heure du coup "de poignard dans le dos". Le fameux "Dolchtoss". 

Ce sont des raisons pour lesquelles, dans son ouvrage les Réprouvés, Ernst von Salomon notera de manière valeureuse et virulente cette empathie qu'il avait pour ses frères de sang qu'il voyait comme lui rentrer dans leurs chaumières avec cette perception d'abandon. Cette émotion naturelle d'avoir été trahis par leurs pairs embourgeoisés.

Autour de lui, les teutons avaient les "visages haves et immobiles sous le casque d'acier". Les uniformes étaient poussiéreux, la sueur coulait du haut vers le bas. Tous ces hommes marchaient pas à pas vers l'esprit de revanche. "Ils marchaient, oui ils marchaient comme les messagers de la mort, de l'épouvante, du froid le plus mortel, le plus solitaire, le plus glacial". Ces soldats sentaient l'orage d'acier fondre sur eux sans pouvoir y altérer le tonnerre de la honte.

Ces hommes étaient des soldats. Des enfants de la terre allemand. Non "pas des hommes déguisés". Ils étaient ces "hommes" qui avaient obéit à l'appel intérieur, à celui de l'esprit de la terre et du sang. L'appel de l'Homme en corps national, par lequel ils avaient répondu par la volonté. Des "hommes qui avaient appris une rude fraternité et appris à connaitre ce qu'il y a derrière les choses et qui avaient trouvé dans la guerre une patrie. Patrie, peuple, nation." Des mots qui sonnaient faux dans cet atmosphère bolchévique. "Le front c'était leur pays, c'était leur nation, la patrie". Et de ce front, de cette guerre, de cette pensée attachée à la communauté s'était imprégné le patriotisme absolu. Le casque à pointe au-dessus de tout. "La guerre les tenait, la guerre les dominait, la guerre ne les laisserait jamais échapper et jamais ils ne pourraient revenir, ni nous appartenir tout à fait Ils auront toujours la guerre dans le sang, la mort toute proche, l'horreur, l'ivresse et le fer". 

Ce monde bourgeois, ces soldats, ils voulaient le renverser par le fer. Car seul ce dernier prime en état de défense de l'existence. Ce monde universaliste était pour eux une "transplantation, une fraude" qui ne pouvait, ni ne devait "réussir". Si la guerre était finie, les guerriers marchaient toujours. Réprouvés, mais point abattus, ils se serviraient du combat, comme expérience intérieure, pour le transmettre à leurs pairs lors des déjeuners nationaux de la renaissance allemande... Une renaissance nationale dont germerons les graines de la nouvelle Allemagne de l'entre-deux-guerres, prête à reprendre les armes pour venger son humiliation.

Car comme l'écrirait Ernst Junger, tout une jeunesse portée par le génie, l'intelligence, la volonté, chercherait à disperser toutes les pousses du savoir allemand sur les sentiers d'une Europe pétrie de valeurs lépreuses. La violence par le fer et le feu serait au centre de la semence de ces cadets de la nouvelle Allemagne.Voisins européens et traîtres nationaux seraient ainsi submergé par ce génie wagnérien venu tout droit de l'art primitif germanique. Les réprouvés de la Grande guerre seraient enfin reparus comme les héros qu'ils s'étaient vus... Hachés par la vergogne des franges non combattantes.

 

Voilà le traumatisme qui poussa Ernst von Salomon à saisir l'art des lettres pour imprimer à mesure de son lectorat, sa pensée forgée par l'expérience du combat. Un combat qui imprima toute une génération d'hommes et de femmes dans la période qui suivit la défaite allemande de 14-18. Comme après Iéna en 1806, toute une génération s'éveilla à agir par l'audace et la volonté de servir pour grandir. 

 

Bibliographie:

Ernst von Salomon, Les Réprouvés, 

Ernst von Salomon, Les cadets,

Le Figaro Histoire Avril-mai 2017

Ouvrages de l'auteur: 

- L'évolution de la doctrine d'utilisation des Forces spéciales françaises

- Les guerres françaises du XXI siècle 

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