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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Kolwezi repris par notre paras : 19 mai 1978

Le Blog relate l'interprétation des événements qui font feu à Kolwezi le 19 mai 1978. Nous retrouvons le regard d'un journaliste, d'un journal et l'argumentation du président de la République pour justifier le déploiement des Légionnaires français.

Kolwezi : regard d'un journaliste au lendemain du saut des hommes portant le béret vert

L'opération Sauvetage déclenchée hier avec une stupéfiante célérité par les parachutistes français à Kolwezi était-elle si urgente ? Ne pouvait-on, au lieu de se résigner à cet acte de guerre, s'en remettre aux instances internationales comme ce fut le cas au Liban ? L'intervention française est-elle légitime et s'inscrit-elle vraiment dans le cadre d'accords de coopération passés en bonne et due forme avec le Zaire ?

Toutes ces questions posées par l'oppositions de gauche seront certes évoquées au cours du grand débat fr politique étrangère dont M.Giscard d'Estaing a annoncé hier soir l'ouverture prochaine devant le Parlement. Mais la véritable réponse n'était pas donnée dès hier soir par la vision d'horreur qui s'offrit aux hommes du 2 REP dès leur arrivée dans le centre minier avec la découverte de 44 cadavres Européens fusillés dans les caves ?

Le président de la République avait donc quelque raison d'affirmer que la priorité avait du être accordée à la sécurité et à l'évacuation de nos compatriotes.

L'heure n'était plus hier aux discussions, aux objections, aux interrogations, mais à l'action prompte et efficace pour sauver des vies humaines.

Ainsi, prenant de vitesse adversaires et alliés, les parachutistes du 2REP mènent ils tambour battant leur mission de sauvetage. Dût-il décontenancer et irriter quelque peu nos amis belges, eux-mêmes engagés dans une opération plus traditionnelle, ce raid éclair, à l'israélienne, des commandos français, semblait cette nuit en voie d'atteindre son objectif essentiel : arracher à la terreur nos quatre cents ressortissants et les autres Européens du centre minier. Subsidiairement, il s'agissait aussi – pourquoi ne pas l'admettre?- de faire lâcher prise aux rebelles katangais déjà coupables de pillages, d'exactions, de meurtres et d'atrocités en toute genre.

L'action essentiellement humanitaire organisée par la France avec l'accord des pays occidentaux ne aurait donc être dépouillée de sa signification politique.

Qui avait raison hier soir de M.Mitterrand expliquant placidement sur nos petits écrans que Cuba et l'URSS n'étaient pas impliqués dans cette sanglante aventure ou M. Tom Reston, porte parole du département d'Etat qui affirmait : « les rebelles qui ont pénétré au Shaba avaient été récemment entrainés par des Cubains en Angola et étaient dotés d'armes de fabrication soviétique » ?

Récit de l'opération Ebonite lancée le 19 mai 1978, racontée par le journal "L'Aurore" le 20 mai de la même année.

«A 8 heures, hier matin, les derniers éléments du contingent militaire français envoyé au Zaire pour participer aux opérations d'évacuation de quelque 3000 Européens, otages des ex-gendarmes katangais se posaient sur l'aéroport de Kinshasa et étaient regroupés dans une caserne voisine.

Toute la nuit, et jusqu'aux premières heures du jour, les avions français (quatre DC8 et un Boeing 707) avaient amené leur contingent d'hommes et d'armes : au total 800 parachutistes de la Légion étrangère qui, toujours selon le même rituel, en tenue de combat et le sac sur le dos, avaient jailli des appareils à peine immobilisés sur l'aire d'atterrissage. Après quelques heures passées dans le caserne de Kinshasa, en tenue de combat et le pistolet-mitrailleur à l'épaule, ils sont sont revenus sur la piste et ont pris place dans plusieurs avions civils du Zaire (des DC8 et DC10).

Un peu plus tôt, trois Transall de l'armée française avaient pris la direction de la base de Kamina avec les munitions. En fin de matinée, les paras français se trouvaient à Kamina, cette base aérienne du Shaba située à 200 km environ au nord de Kolwezi, but final de leur mission de sauvetage.

De Kamina, nos paras sont arrivés au-dessus de Kolwezi. Leur largage s'est effectué en deux temps : à 15h10 et à 17h15. Il a débuté au moment même où la radio nationale zairote annonçait que le chef des rebelles katangais venait de donner l'ordre à ses hordes de « massacrer tous les blancs » résidant à Kolwezi et de regagner ensuite l'Angola par la Zambie.

Les paras français ont alors entamé une progession régulière dans les rues de Kolwezi. Au centre de la ville minière, banques et magasins avaient été pillés par les rebelles.

Alors que l'opération de sauvetage des Européens de Kolwezi était en cours, les paras on avancé dans un premier temps, sans rencontre de résistance et sans pertes. Tout au plus quelques coups de feu sporadiques. Selon un rebelle fait prisonnier, une compagnie motorisée cubaine aurait fui juste avant leur arrivée. Ce qu'il était impossible cependant d'imaginer, hier soir, c'était le nombre d'étrangers pris en otages par les rebelles katangais, estimés pour la seule ville de Kolwezi à environ 800 et ayant à leur disposition de nombreuses armes et des mortiers ».

Giscard ou l'opération pour la sécurité

Au soir du 19 mai, le président Valéry Giscard d'Estaing, justifie l'opération Ebonite comme relevant de la sécurité des Européens et des Français présents dans la ville de Kolwezi.

« Cette opération a été décidée lorsqu'il est apparu que les ressortissants étrangers de la ville de Kolwezi étaient en grave danger. La situation dasn cette ville est une situation extrêmement sérieuse. (…) Dans notre action nous nous préoccupons de la sécurité de tous. Avant-hier soir nous avons eu dans la nuit des informations très préoccupantes sur le sort de la cette population et sur la sécurité au sens le plus précis du terme, c'est à dire des pillages, des violences, des exécutions, des risques de prises d'otages. C'est donc une opération, une action ponctuelle dans Kolwezi pour y rétablir le plus rapidement possible la sécurité et permettre la protection des ressortissants étrangers qui s'y trouvent ». L'opération « a été faite sous la forme d'un lâché de parachutistes en deux vagues. La première vague a sauté à 15h10, la deuxième à 17h15 cet aprés-midi. (…) Nos parachutistes se sont déployés sur le terrain. Ils ont pu occuper une école où se trouvaient une vingtaine d'otages. Leur progression se poursuit ».

Bilan

L'opération Ebonite se soldera par la mort de cinq Légionnaires. Pas loin de 250 rebelles seront tués, et le bilan fera état de la capture de milliers d'armes légères, de canons, de mortiers... Une opération aéroportée réussie qui fait suite à l'alerte Guépard, à laquelle les Légionnaires de Calvi ont répondu dans un temps court malgré l'élongation de l'espace. Un Régiment placé en 1978 sous les ordres du Colonel Philippe Erulin.

 

Avec cette opération, la France ouvrait en 1978, un quatrième théâtre d'opération en dehors du territoire national. Nous étions alors présents au Liban, au Tchad, en Mauritanie et enfin au Zaïre.

"Légio Patria Nostra"

 

Dernier ouvrage : Les guerres françaises du XXI siècle (Atelier Fol'Fer, 312 pages)

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