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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

La bataille des trois empereurs ou la divine créativité

« Vêtu d'une capote grise, la même qui avait fait la campagne d'Italie, monté sur un petit cheval arabe gris, il se tenait un peu en avant de ses maréchaux, examinant en silence les contours des collines qui émergeaient peu à peu du brouillard et sur lesquelles se mouvaient au loin les troupes russes, et prêtant l'oreille à la fusillade engagée au pied des hauteurs. Pas un muscle ne bougeait sur sa figure, encore maigre à cette époque, et ses yeux brillants s'attachaient fixement sur un point. Ses prévisions se trouvaient justifiées. Une grande partie des troupes russes étaient descendues dans le ravin et marchaient vers la ligne des étangs. L'autre partie abandonnait le plateau de Pratzen que Napoléon, qui le considérait comme la clef de la position, avait eu l'intention d'attaquer. Il voyait défiler et briller au milieu du brouillard, comme dans un enfoncement formé par deux montagnes, descendant du village de Pratzen et suivant la même direction vers le vallon, les milliers de baionnettes des différentes colonnes russes qui se perdaient l'une après l'autre dans cette mer de brumes. D'après les rapports reçus la veille au soir, d'après le bruit très sensible de roues et de pas entendu pendant la nuit aux avant-postes, d'après le désordre des manœuvres des troupes russes, il comprenait clairement que les alliés le supposaient à une grande distance, que les colonnes de Pratzen composaient le centre de l'armée russe, et que ce centre était suffisamment affaibli pour qu'il put l'attaquer avec succès... et cependant il ne donnait pas le signal de l'attaque. C'était pour lui un jour solennel, l'anniversaire de son couronnement. S'étant assoupi vers le matin d'un léger sommeil, il s'était levé gai, bien portant, confiant dan son étoile, dans cette heureuse disposition d'esprit où tout paraît possible, où tout réussit ; montant à cheval, il alla examiner le terrain ; sa figure calme et froide trahissait dans son immobilité un bonheur conscient et mérité, comme celui qui illumine parfois la figure d'un adolescent amoureux et heureux. Lorsque le soleil se fut entièrement dégagé et que les gerbes d'éclatante lumière se répandirent sur la plaine, Napoléon qui semblait n'avoir attendu que ce moment, déganta sa main blanche, d'une forme irréprochable, et fit un geste qui était le signal de commencer l'attaque. Les maréchaux, accompagnés de leurs aides de camp, galopèrent dans différentes directions, et quelques minutes plus tard, le gros des forces de l'armée française se dirigeait rapidement vers le plateau de Pratzen, que les Russes continuaient à abandonner, en se déversant à gauche dans la vallée. »


A Austerlitz, le chef d'oeuvre du génie napoléonien se déversa sur la terre telle une bénédiction venu des dieux. Nul adversaire n'aurait pu faire preuve d'un plus grand coup d’œil que celui de l'Empereur. L'action se révéla infaillible, le tout s'organisant par illumination d'esprit, comme un art inconnu, sans limites d'ingéniosité. La ruse, l'éclair, la foudre, la grande tactique, la politique d'avancement et d'écrasement, la concentration des forces... sur plateau de Pratzen, tout y était : le précis de l'art de la guerre se façonnait à mesure des décisions. Son imagination paraissait si féconde qu'il fit naître avec l'appui de la grande armée, l'événement qui retentirait de Paris à Londres, de Berlin à Moscou. L'esprit délimita les contours de la victoire. Le sabre finalisa l'accomplissement des volontés. Et tout autour, le monde regardait le triomphe de ce César à qui la couronne de laurier allait si bien. La gloire apportait à la France le titre de reine de l'Europe. Appréciée et redoutée, la France était redevenue la fine fleure créatrice d'autorité, de paix et de savoir. Ce 2 décembre, l'Europe marchait au rythme des battements de l'Aigle...

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