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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

La mort du maréchal Foch

"Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là ! "

Clemenceau

Le 20 mars 1929, à Paris, un calme pesant tombe sur la capitale. Les cloches s'arrêtent de sonner. Les hommes s'arrêtent de parler. L'horloge elle même stoppe sa ronde quotidienne. Le maréchal Foch s'en est allé. C'est au sommeil qu'il a rendu son âme. C'est à l'éternel honneur que les sentiments se donnent.

L'artisan de la bataille de la Marne - avec le général Maxime Weygand - resté célèbre pour son art, ses Principes de la guerre, et cette phrase qu'il aurait prononcé en état de retrait contre les Allemands " pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j'attaque", obtient pour sa mort, l'hommage national. L'hommage parisien. Un deuil national à la Hugo. Un départ au flambeau à la Napoléon. Cela étonne tout le monde quand le peuple français, qui semble avoir oublié ses artisans de la paix, descend dans les rues, bonde les trottoirs, et regarde au loin le cortège qui s'éloigne, avec en son centre, l'homme de la la victoire. Alors la France en faisant honneur à son maréchal de 14-18, se fait honneur. Ca fait du bien !

"Foch était le chef qui avait gagné la guerre. Mais un grand capitaine n'est plus un héros à panache, et d'ailleurs, peut-être, les grands capitaines n'apparaissent-ils ainsi qu'avec le recul de l'histoire. Foch aura certainement sa légende. En tout cas, on ne l'a pas vu caracoler sur son cheval. C'était une sorte d'ingénieur principal qui travaillait sur des cartes dans son bureau, le régulateur d'une gare gigantesque qui devait, sans se tromper, transporter des millions de soldats sur des centaines de kilomètres et aux points qu'il fallait. Sa besogne parle plus à l'intelligence qu'à l'imagination. 

Du reste, la guerre elle même s'est achevée victorieusement, mais d'une manière presque administrative. Rien de ce théâtre qui accompagnait les victoires d'autrefois. A Sedan, Napoléon III avait rendu son épée au roi de Prusse, comme Vercingétorix s'était livré à Jules César. A Waterloo, il y avait eu le dernier carré de la garde, Cambronne, son mot historique, le petit chapeau entraîné dans la déroute... A Rethondes, des messieurs allemands en redingote et haut de forme s'étaient présentés, comme pour traiter une affaire, dans le wagon du généralissime des armées alliées.

Bref, la victoire de Foch était une victoire abstraite, une sorte de démonstration mathématique. Et l'algèbre, même victorieuse, ne soulève pas l'enthousiasme des foules. On pouvait admirer l'algèbre Foch. On pouvait admirer aussi ce qu'il y ajoutait, c'est à dire une confiance imperturbable et qui a fini par avoir raison, parfois contre ce qui semblait la raison. Foch était un prodige de volonté, au point d'affirmer la sienne contre tout le monde, comme au Conseil de guerre de Doullens où, seul, il fus d'avis que rien n'était désespéré après l'attaque de Ludendorff.

Mais une nouvelle fois, ce sont des qualités qui touchent l'esprit plus que le coeur. Et c'est le coeur qui a été pris par la mort du maréchal Foch. Il a été pris, parce que, à son nom, les souvenirs de la guerre se sont ranimés. Devant Foch, un sensibilité secrète est remontée à la surface. On a communié avec lui dans la mémoire des jours passés et de tous les disparus. Ses obsèques ont été un grand Jour des Morts par l'évocation de la guerre".

 

Ouvrages : 

- Les guerres françaises du XXI siècle (Atelier Fol'Fer, 312 pages)
- Evolution de la doctrine d'utilisation des Forces spéciales françaises (188 pages)

 

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