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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Nungesser et Coli : la traversée transatlantique de 1927

En 1927, Charles Nungesser et François Coli se lancent dans le projet fou de traverser l'Atlantique sans escale. Ce serait un vol transatlantique qui verrait Paris relier New-York par la voie du ciel formant un arc d'alliance entre le Vieux et le Nouveau monde. Le binôme décolle de l'aéroport du Bourget le 8 mai 1927 à bord d'un Levasseur PL.8, renommé l'Oiseau blanc à raison de sa couleur épurée. Seul l'insigne de guerre de Nungesser est déposé comme un symbole sur le biplan, illustrant l'engagement du pilote à surpasser une nouvelle fois les limites de la raison humaine, et démontrant par nature que l'avenir appartient aux audacieux. Mais le duo qui s'envole, s'envole pour toujours. Aperçu pour la dernière fois au large des côtes irlandaises, nous ne reverrons l'as de la première guerre mondiale. L'enfant de Paris s'en est allé rejoindre Icare...

L'historien-journaliste et maurrassien Jacques Bainville consacra en 1927 un article à la disparition de Charles Nungesser et de François Coli. Il donne par son style, l'estime que l'on doit à ces hommes doués des vertus militaires que sont l'audace, le courage, l'hardiesse et la volonté d'être, plutôt que de paraître...

"Quand, après une soirée d'enthousiasme, on a appris que Nungesser et Coli n'étaient pas - arrivés à New-York, on a entendu les gens raisonnable grogner:

- D'abord, l'expédition était mal préparée. Et puis, qu'est ce que cela prouve ? A quoi cela sert-il ?

Cela prouve, en tout cas une chose : c'est que l'homme moderne est doué d'une énergie morale qu'on n'eut même pas imaginée dans des siècles plus anciens.
Je sais bien qu'il y a eu Icare. Mais, après cette expérience malheureuse, personne n'a plus essayé de se mettre des ailes pour s'envoler. Et le bon Horace disait qu'il avait fallu à celui qui, le premier, s'était risqué sur les flots de la mer, un coeur bardé  d'un triple airain. Sans doute, Horace n'était pas un modèle de courage, car il confessait qu'il avait jetait son bouclier dans une bataille fameuse. Mais il exprimait le sentiment des hommes de son temps. 

Au coeur de Nungesser et de Coli, il fallait un airain plus que triple pour se lancer au-dessus de l'Océan ayant tant de risques de mort. Essayez de vous représenter ce que leur entrepise représente d'audace, de force physique et nerveuse. Il y a là quelque chose de surhumain.

Il devrait y avoir aussi de quoi tenter un poète. Je ne goûte pas énormément les stances et les sonnets philosophiques de Sully-Prudhomme, bien que je trouve qu'on soit injustement sévère pour lui. Moréas disait : "Il ne faut pas aimer Vigny" et j'avoue n'aimer Alfred de Vigny que jusqu'à un certain point. Le Zénith du premier et la Bouteille à la mer du second ne sont pas tout ce qu'il y a de plus "pur" dans la poésie française.

Mais enfin les aéronautes, redescendus sans vie de la conquête du ciel, le capitaine saisi par la tempête, qui confie aux flots et au verre fragile ses découvertes et ses suprêmes calculs, ce sont des thèmes poétiques. On peut ne pas admirer sans réserve la manière dont ils ont été traités par Sully et Vigny. Rien n'empêche de les reprendre et de réussir mieux.

Je sais bien que les jeunes poètes se moqueront de moi. De mon côté, malgré ma bienveillance pour eux, j'ai peine à m'intéresser à leurs petits vagissements. Leur inspiration est courte et chétive. Je la voudrais un peu plus nourrie.

L'autre soir, quand on croyait que l'Oiseau blanc avait franchi l'Atlantique, quand la foule s'arrachait les journaux, quelques vers de Vigny me revenaient à la mémoire :

Regarde. Quelle joie ardente et sérieuse !...
Le canon tout-puissant et la chose pieuse.
Font sur les toits tremblants bondir l'émotion...

Ce n'est pas trés épatant, je vous l'accorde. Mais ce n'est déjà pas si mal et, surtout, à cette minute où l'on attendait le canon de Vincennes, c'était cela. Au risque de me faire mépriser et honnir je dirai aux jeunes porteurs de lyre : "Faites-en donc autant"."

 

 

En 2015, la 54e promotion de l'Ecole militaire Interarmes (EMIA) a rendu hommage à l'aviateur en prenant le lieutenant Nungesser pour parrain. Nous le célébrons une nouvelle fois. Le pilote au 43 victoires, éclairé à jamais par le soleil de la gloire. Longue vie à toi "oh" Nungesser !

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