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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Une journée en Indochine avec Bigeard : 20 octobre 1952

- Quelle heure ? 
- Il est midi.

Bigeard interroge le ciel, toujours bouché, toujours hostile. Par radio, il ordonne :
- Prenez vos dispositions pour le brancardage des blessés. Nous décrochons aussitôt après. En tête, la 11e Compagnie ira tenir le petit col au débouché de la cuvette. suivra la 26e C.I.P qui dépassera la 11e et se postera le long de la piste. Ensuite, le P.C et les armes lourdes. Puis la 12e suivra. Enfin, la 6e C.I.P. Décrochage en perroquet.

Un à un, les commandants de compagnie accusent réception.

Le décrochage en perroquet est la seule manoeuvre concevable elle se déroule à la façon d'une chenille de char, l'unité de queue passant en tête sans solution de continuité, et se stoppant ensuite pour assurer la sécurité de l'itinéraire. Ainsi, à tour de rôle, les compagnies constituent l'arrière-garde, puis l'avant-garde. 

Quelques minutes plus tard, "Paulo" Leroy et sa 11e prennent la piste vers le sud-est. L'instant est crucial,  les Viêts ont disposé de toute la matinée pour verrouiller la cuvette et prendre au piège ce bataillon de parachutistes qui a bloqué leur marche en avant. Ils ont un compte à régler.

Très vite, les paras sont au contact, et doivent effectuer la percée en force. l'ennemi est partout, devant, derrière, sur les flancs. Les voltigeurs de pointe signalent, à droite et à gauche, sur les flancs des pitions cernant la cuvette, de longues colonnes de bo dois qui galopent pour bloquer le passage et arriver les premiers au col de KAo Pha, issue obligatoire vers la rivière Noire. 

Un course de vitesse est engagée. Au plus rapide, au plus déterminé, au plus manoeuvrier reviendra le succès. 

Pour l'instant, le succès balance. Aux blessés, intégrés à la colonne qui tente de se frayer le chemin, se sont ajoutées les familles des partisans thais fuiant les communistes, ce qui complique au-delà du raisonnable les possibilités de manoeuvre.

Le bataillon est accroché de partout. Utilisant leur tactique habituelle, les Viêts essaient de tronçonner la chenille humaine; de la fractionner en petits éléments qu'il leur sera aisé de réduire. Six heures durant, jusqu'à la tombée de la nuit, jusqu'à ce que soient atteintes les premières pentes menant au col de Kao Pha, vont se livrer des centaines de combats individuels dont, souvent, les paras sortent vainqueurs.Mais à quel prix ! a trois heures du matin, lorsque les lieutenants dresseront le bilan, des pertes, celui-ci sera lourd : près de quatre-vingts manquants, parmi lesquels deux officiers, les lieutenants Crouzet et Roux, et le père Jeandel, l'aumonier resté volontairement auprès des blessés, abandonnés sur la piste.

Une fois atteint Kao pha, où Laizé avait tenu, les paras espéraient pouvoir se reposer un peu; certains n'avaient pas dormi depuis trente-six heures. Bigeard tranche : 

- C'est hors de question. Les Viêts nous talonnent. nous devons poursuivre, combler notre handicap par la vitesse. LE poste de Muong Chên est à treize heure de marche. Ce sera notre prochaine étape !

Ce que fut cette journée du 21 octobre restera dans toutes les mémoires de ce que l'écrivain Jules Roy a appelé "la retraite des Mille", comme un cauchemar éveillé. les paras ont marché et se sont battus sans trêve, toute le reste de la nuit, et puis la matinée suivante, et encore une partie de l'après-midi. 

Et quand enfin, ils arrivent, c'est pour constater que les Viêts sont là, eux aussi, et prennent déjà leurs dispositions pour l'attaque. il faut repartir...

Paras Bigeard, Erwan Bergot

 

Dernier ouvrage : Les guerres françaises au XXI siècle (Atelier Fol'Fer, 312 pages).

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