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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

La guerre de course selon monsieur de Vauban

Si nous étions maîtres de la mer, et que les forces de la terre y pussent correspondre, le Roi serait à même de choisir celle de ces vues qui conviendrait le mieux à ses affaires, selon les conjonctures qui s’offriraient; en conséquence de quoi Sa Majesté pourrait former tels desseins qu’il lui plairait; mais loin d’en être les maîtres, nous n’en partageons pas seulement la supériorité avec eux, et on peut dire sans se flatter qu’elle est toute de leur côté.


Il faut donc donner un autre tour à la guerre de mer et voir par quel expédient nous pourrons parvenir à la leur rendre dure et incommode plus que du passé. Il ne sera peut-être pas difficile de se contenter là-dessus, si on veut s’en donner la peine, et encore moins, d’en trouver les moyens. Il n’y a qu’à voir la carte de l’Europe et bien examiner les situations et propriétés des différents États qui la composent, spécialement de ceux qui approchent ou environnent ce royaume, par rapport à nos côtes et à nos ports de mer; si après cela on fait réflexion au grand commerce des ennemis, et au peu que nous en avons en comparaison d’eux, et à l’usage que nous pouvons faire des galères dans l’Océan, on trouvera que la France a des avantages pour la course qui surpassent en tout et partout ceux de ses voisins, et qu’il n’y a pas d’État dans le monde mieux situé qu’elle pour la guerre de terre et de mer, mais spécialement pour celle de mer, qui peut le mieux nous convenir, qui n’est autre que la course appuyée et bien soutenue, parce que tout le commerce de ses ennemis passe et repasse à portée de ses côtes et de ses
ports les plus considérables.

Enfin ce royaume contient de quoi bâtir tous les vaisseaux desquels on peut avoir besoin [pour la guerre de course] et dont il y a déjà grande quantité d’officiers qui ne demandent pas mieux que d’y être employés, et beaucoup de gens capables de fournir aux armements quand ils y verront apparence de gain et d’honneur. Nous savons qu’on l’a déjà faite et qu’on la fait actuellement, mais avec peu de succès par rapport à ce qu’on pourrait faire[…]. Tout cela ne vient que de ce qu’on n’a pas assez connu les avantages de la situation de ce royaume, et les bons effets que la course protégée et bien menée peut y produire, et enfin de ce qu’on s’est fait une fausse idée du mérite des armées navales, qui n’a point du tout répondu à ce que le Roi en avait espéré, et n’y répondra jamais tant que la ligue d’à présent subsistera, parce que vraisemblablement ils seront toujours plus forts à la mer que nous. Il faut donc se réduire à faire la course comme au moyen le plus possible, le plus aisé, le moins cher, le moins hasardeux et le moins à charge à l’État, d’autant même que les pertes n’en retomberont que peu ou point sur le Roi, qui n’hasardera presque rien ; à quoi il faut ajouter qu’elle enrichira le royaume, fera quantité de bons officiers au Roi et réduira dans peu ses ennemis à demander la paix à des conditions beaucoup plus raisonnables qu’on n’oserait l’espérer.

Les oisivetés de monsieur de Vauban

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