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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

Précis des unités blindées par Guderian

Lorsque l'on demanda à Guderian de constituer pour l'armée allemande, des unités blindées, ce dernier ne lésina par sur les lectures. L'histoire militaire était au centre de ses passion, et ses yeux se portèrent donc naturellement sur une littérature étoffée d'ouvrages anglais et français. Les deux nations vainqueurs de la Première Guerre mondiale avaient particulièrement écrit sur la chose. Il était donc évident que les précis de guerre sur le "tank" seraient du côté "ennemi", et non au sein de sa propre patrie contenue dans le silence humiliant des clauses du Traité de Versailles (1919).

Liddell Hart, Fuller et Martell étaient les trois principaux penseurs de la motorisation blindée. Nous n'en étions alors qu'aux prémices de cette nouvelle arme, étant donné que les armées de l'Entre-deux-guerres étaient encore largement fondées sur l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie (l'aviation faisait également son chemin).

Or, dès les premières minutes qui caractérisèrent la mission de Guderian à édifier sur papier les  traits de plume d'une arme blindée allemande, ce dernier se fit le fin tacticien d'un feu mobile, fondé sur l'exploitation du mouvement. Il avait vu dans les marches napoléoniennes, le génie du vainqueur de Iéna : le char pourrait tenir ce nouveau premier rôle.

Succédant aux innovations du siècle ancien, pour se grouper en division blindée, les unités de chars ne se noierait pas au milieu de l'infanterie, mais devanceraient cette dernière qui la seconderait. Ouverture du terrain et percée en profondeur : destin laudateur pour ces boîtes blindées. Un avenir qui avait pour raison d'interdire toute guerre statique. La guerre de position qui fut le terreau de la Première Guerre mondiale était un cauchemar pour tous les généraux du Reich. Si les officiers français s'en étaient fait raison pour la prochaine lutte à venir, pour Guderian, comme pour von Fritsch, Blomberg, von Brauditsch... et l'ensemble de l'Oberkommando der Wehrmacht (OKW), seul le mouvement serait le fin éclair de la décision finale. Au feu le bivouac, les tranchées... le Walhalla n'attend pas. 

Or, à deux années de la guerre avec la France, en l'hiver 1937, Guderian, à la demande du général Lutz, fut chargé de retracer un historique sur les unités blindées. Un corps de texte rappelant la genèse des machines, mais également les premiers principes tirés de l'expérience du feu. Ainsi, le 15 octobre 1937, une étude fut publiée au journal officiel de l'Association des officiers allemands, dont le contenu est nourri d'un intellect sans égal.  

"
Lorsqu'on parle communément d'attaques de chars, le profane évoque d'habitude les monstres d'acier de Cambrai et d'Amiens dont parlent les récits de la guerre. Il imagine les profonds réseaux de barbelés rompus comme fétus de paille; il se souvient des tranchées écrasées, des mitrailleuses broyées; et il se rappelle que l'effet de laminoir des "tanks", le vacarme de leurs moteurs et les flammes de leurs tuyaux d'échappement ont donné naissance à "la terreur des tanks". C'est ainsi qu'une des possibilités du char - et en aucun cas la plus importante -, celle de son effet d'écrasement, devint essentielle dans l'esprit de nombreux critiques; à partir de cette conception unilatérale ils développèrent de l'attaque de chars une image conforme à leurs voeux : à la même vitesse et presque dans la même direction, une multitude de blindés en formation serrées se déplacent en même temps et fournissent des cibles géantes aux canons antichars et à l'artillerie de l'adversaire; ils roulent vers le parti qui tient le terrain pour le mettre en pièces par écrasement, et même en terrain défavorable si le directeur de l'exercice le prescrit. On fait peu de cas de l'action des armes du char; on le tient pour aveugle et sourd; on lui dénie toute capacité de défendre le terrain conquis. La défense par contre se voit accorder tous les avantages; elle ne se laisse plus surprendre par les chars; prétend-on; ses pièces antichars et son artillerie mettent toujours au but, quelles que soient les propres pertes, en dépit de la fumée, du brouillard, de la végétation, de la configuration du terrain; elles se trouvent toujours sur place à l'endroit précis où les chars attaquent; grâce à leur matériel optique, elles voient remarquablement, même à travers le brouillard, dans la nuit tombante, et leur casque d'acier n'empêche pas les servants d'entendre le moindre mot.

De cette image trompeuse on tire la conclusion que l'attaque de chars n'a plus aucune chance. Abolissons donc le char, et sautons d'un coup au-delà de l'âge du char. (...) Seulement il n'est pas bon de sauter dans le noir quand on ne sait pas si l'on retombera, ni où. Tant que qui nous critiquent ne pourront donc nous montrer, pour le succès de l'attaque, de voie nouvelle et meilleure, autre que celle de notre autosuppression, nous lutterons pour notre conception : les chars constituent à l'heure actuelle la meilleure arme offensive du combat terrestre. 

Mobilité

"Seule la mobilité amène la victoire", a-t-on dit. La mobilité sert à amener les troupes à l'ennemi. On utilise à cet effet les jambes des hommes ou des chevaux, le chemin de fer, ou, récemment, le camion ou l'avion. Au contact de l'adversaire la mobilité se fige en général sous l'action du feu ennemi. Pour la déclencher à nouveau, il faut détruire l'adversaire, ou encore, l'obliger à se terrer, ou le contraindre à abandonner ses positions. On y a parviendra par un feu tellement supérieur à celui de l'ennemi que son artillerie et ses mitrailleuses se tairont, que tout résistance s'effacera. 

(...) Nous croyons que dans l'attaque les chars nous permettront d'entrer plus vite en mouvement que jusqu'ici et de rester en mouvement une fois la percée réalisée. Nous croyons que le mouvement pourra être maintenu si certaines conditions préalables sont remplies, conditions dont le succès de l'attaque de chars ne peut se passer dans les données actuelles : concentration des forces en terrain adéquat, lacunes dans le système défensif adverse, infériorité de la force blindée ennemie, pour n'en citer que quelques-unes. 

(...) Les chars sont capables de marcher au compas, meme de nuit et dans le brouillard. Au cours d'attaques reposant sur le succès des blindés, le porteur de la décision n'est pas l'infanterie mais l'arme blindée, car l'échec de son attaque entraine celui de toute l'opération, mais le succès du char apporte la victoire.

Feu

Mais le blindage et la mobilité ne sont qu'une partie des qualités combatives de l'armée blindée. La principale est le feu. Le tir peut s'effectuer aussi bien à l'arrêt qu'en cours de déplacement. Dans les deux cas le pointage se fait à vue. Si le tir est effectué à l'arrêt sur des objectifs repérés, par pointage direct avec un bon matériel optique et à de bonnes distances d'emploi des armes, on peut en attendre un effet d'anéantissement, dans le plus bref délai et avec une consommation minime de munitions. En marche le repérage des objectifs par le tireur de char sera gêné par les difficultés d'observation, mais aussi facilité par la hauteur de l'arme au-dessus du sol, surtout en terrain couvert de végétation. S'il faut tirer en déplacement, les chances de coups au but sont bonnes à courte distance; elles diminuent en proportion de l'éloignement de l'objectif, de l'accroissement de la vitesse du char, de la multiplication des accidents du terrain. 

En tout cas dans le combat, le char seul jouit de la faculté de porter offensivement son feu vers l'ennemi, même si toutes les mitrailleuses et les pièces de la défense ne sont pas réduites au silence. Nous n'émettons pas de doute sur la précision de tir plus grande l'arme fixe par rapport à l'arme mobile; nous pouvons d'autant mieux nous en rendre compte que nous sommes en mesure d'utiliser les deux modes de feu.

(...) Nous avons pleinement conscience d'être une "arme", nous sommes convaincus que, dans la bataille future, nos succès imprimeront leur sceau aux événements. Si notre attaque réussit, il faut que les autres armes puissent s'adapter à notre horaire. Nous demanderons en conséquence que les armes de complément nécessaire à l'exploitation de nos succès deviennent aussi mobiles que nous et nous soient subordonnées dès le temps de paix. Car pour arracher les grandes décisions on ne fera certainement pas appel à la masse de l'infanterie, mais sans aucun doute à la masse des unités blindées".

Guderia, Achtung ! Panzer !

 

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