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Sabre-et-Esprit

Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de l'Armée française

"Souvenirs d'un soldat" : Guderian

"Heinz Guderian est l'un des généraux (...) les plus célèbres, considéré par de nombreux spécialistes comme le père fondateur de l'arme blindée allemande et comme un virtuose de la guerre de mouvement. Figure emblématique des succès de la Wehrmacht des premières années de la Deuxième Guerre mondiale, son nom est indissociable du Blitzkrieg et des campagnes éclair menées en Pologne, en France, et en Union soviétique entre 1939 et 1941. Tout aussi habile manoeuvrier sur le champ de bataille que prodigieusement doué pour l'organisation des forces blindées, Guderian reste dans l'histoire militaire comme l'une des incarnations les plus parfaites du génie opérationnel et organisationnel engendré par le militarisme germano-prussien". (Benoit Lemay)

 

On ne peut que se réjouir de constater que dans l'arrière-boutique des magasins français, soit exposé ce recueil de souvenirs d'un soldat. Un Général allemand qui fit de ses principes, le tenant de son triomphe. Ses hommes l'écoutèrent, et le suivirent à travers toutes les opérations qu'il dirigea par le fer. Du "corridor polonais" qui avait été créé par le litigieux Traité de Versailles jusqu'à "l'infranchissable" forêt des Ardennes, De la Manche jusqu'à Berlin...  

Le final il le mena dans une épopée antique. Une épopée qui le guida à travers les plaines boueuses de la Russie bolchévique. Ce fut l'opération "Barbarossa". L'opération qui solda la grandeur et la décadence de l'empire germanique. 

Ce Siegfried d'uniforme et Faust d'esprit, en jetait. Quel général !

La campagne de l'Ouest

"L'étude approfondie de la Première Guerre mondiale m'avait permis de pénétrer trés loin dans la psychologie des adversaires en présence. En ce qui concerne notre propre armée, je savais à quoi m'en tenir, d'après ce que j'en avais vu. Quant à nos adversaires occidentaux, je me fis de leur mentalité une idée précise qui se trouva confirmée en 1940. La guerre de position hantait les esprits, malgré la nouvelle arme blindée à laquelle ils devaient en grande partie leur victoire de 1918.
La plus grande armée à l'ouest du continent, la France la possédait. L'arme blindée la plus forte numériquement dans toute l'Europe de l'Ouest, la France la possédait. 

En mai 1940, les forces combattantes anglo-françaises à l'Ouest disposaient de plus de 4800 blindés, les forces allemandes d'un effectif d'environ 2800, y compris les automitrailleuses; en fait, du côté allemand, nous disposions en gros de 2200 blindés au commencement de l'attaque. 

Nous nous trouvions en présence d'une supériorité du double, aggravée par le fait que les chars français étaient supérieurs aux nôtres pour le blindage et le calibre, mais inférieures en moyens de commandement et en vitesse. Quoiqu'elle possédât un instrument de combat mobile d'une telle puissance, la France se donna la ligne Maginot; elle eut ainsi la ligne fortifiée la plus solide du monde. Pourquoi les sommes consacrées aux fortifications ne furent-elles par employées à moderniser et renforcer les moyens mobiles ?

On méconnut les impulsions données en ce sens par de Gaulle, Daladier et d'autres personnalité. Il fallait donc en déduire que le haut-commandement français n'avait pas reconnu ou voulu reconnaître l'importance du char dans la guerre de mouvement. En tout cas, chacune des manoeuvres, chacun des grands exercices d'unités dont j'avais pu connaitre le déroulement, faisait conclure que le commandement français n'avait qu'une idée : mener ses troupes de telle sorte que des décisions fondées sur des données sûres, amèneraient l'exécution de mouvements sûrs et l'adoption de mesures méthodiques d'offensive et de défensive. 

(...) Le commandement allemand pouvait s'attendre avec certitude à ce que la défense de la France soit dirigée prudemment et rationnellement, en utilisant les fortifications selon la doctrine que la France avait dégagée des conclusions de la Grande Guerre : expérience de la guerre de position, valeur éminente du feu, sous-estimation du mouvement.

(...) Depuis la Grande Guerre nous avions appris à connaitre et à estimer les Français, les considérant comme des soldats courageux et coriaces qui avaient défendu leur pays avec une énergie indomptable. Nous étions persuadés qu'ils feraient preuve du même comportement. Quant au haut-commandement, nous avions été fort étonnés qu'il n'eut pas profité du moment favorable pour attaquer, à l'automne 1939, quand le gros de l'armée allemand, et surtout l'ensemble des forces blindées, étaient retenus en Pologne. 

(...) De tout cela, on pouvait déduire qu'un coup porté par surprise, droit au but, avec de puissants éléments blindés, par Sedan sur Amiens et la Manche, atteindrait en profondeur le flanc de l'adversaire engagé dans une avance à travers la Belgique. Contre un tel coup, il ne disposerait que de réserves insuffisantes; l'opération avait donc une forte chance de réussir.

(...) Pour l'éventualité d'une offensive, on s'en tint, pour le 14e CA blindé, à l'ordre de pousser jusqu'à la Meuse à Sedan, par le nord du Luxembourg et la pointe méridionale de la Belgique, et d'y conquérir une tête de pont destinée à permettre le franchissement du fleuve aux divions d'infanterie qui suivraient. Aucune directive ne fut donnée pour le cas de succès imprévus.

La coopération avec Luftwaffe fut réglée. Il me fallait agir de concert avec l'aviation d'appui au sol, commandée par le général von Stuttherheim, homme d'un courage hors pair, et avec le corps aérien du général Loezer. Pour que notre coopération fut plus féconde, j'avais invité les aviateurs à mes exercices sur la carte et je pris par à un Kriegsspiel de la Luftwaffe dirigé par Loerzer. L'objet en était le franchissement de la Meuse. 

(...) Le 9 1940, dans l'après-midi, vers 13h30, nous fûmes en état d'alerte. Je quittai Coblence vers 16 heures et atteignis dans la soirée le poste de commandement du CA. Selon les ordres, les troupes avaient pris position le long de la frontières entre Vianden et Echternach.

Le 10 mai, à 5h35 du matin, avec la 1er Panzer, je franchis la frontière luxembourgeoise à Wallendorff ..."

 

... Et Guderian perça jusqu'à la Manche... Nous connaissons la suite.
Ce fil d'événements funestes pour la France, que les nouvelles générations d'enfants tendent à oublier, est présenté dans "Souvenirs d'un soldat" (Perrin) du Generaloberst Heinz Guderian.

L'histoire d'un homme et d'une armée, l'histoire de deux peuples qui se sont regardés et se regardent encore.

Gut Lese (bonne lecture)

 

 

Dernier ouvrage : Les guerres françaises du XXIe siècle (312 pages)

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