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Sabre-et-Esprit

Soldats et diplomates de France

Guibert et la querelle des ordres tactiques - vers l'ordre mixte

Au XVIIIe siècle, la pensée militaire française connait un renouveau fondé sur la contestation de principes tactiques figés. Des prémices d'un modèle réformé, qui fait suite à la défaite de Rossbach des élites françaises faisant face aux armées de l'impérieux Frédéric II. La noblesse d'épée, humiliée par la Guerre de sept ans, dénonça alors les limites de l'ordre linéaire (Puységur) qui tendait à réduire la mobilité des armées et à contenir l'élan vers l'offensive.

Guibert, dans son Essai général de tactique, poursuivit la consolidation des nouvelles théories militaires débutaient quelques années plus tôt par le marquis de Puységur (1720) et Folard (1724) : tout deux se plaçant en promoteur de la mobilité.  
Guibert théorisa lui, l'avancée des divisions, en appuyant particulièrement sur l'aspect tactique et opératique de cet nouvelle organisation. Parmi ses idées fortes, le devenir de l'ordre mince (voir écrit ci-dessous), avec une reconnaissance douteuse mais admise, pour l'ordre profond, selon l'aspect de la bataille. Les principes de Guibert - amant de Julie de Lespinasse, dame enflammant les salons fréquentés par Condorcet et Diderot - seront repris par l'institution militaire dans les règlements régissant les manœuvres de l'infanterie. Des réflexions qui solidifiront les premières bases de l'ordre mixte (combinaison des lignes et colonnes) : une approche d'ordre tactique reprise par les armées de la Révolution.

"L'infanterie étant propre à l'action de feu et à l'action de choc, il faut une ordonnance qui lui permette l'usage de ces deux propriétés; et, eu cas que la même ordonnance ne puisse servir pour les eux objets, il faut que de celle qui sera déterminée devoir être l'ordonnance habituelle et primitive, elle puisse facilement et promptement passer à l'ordonnance accidentelle et momentanée, qui remplira le second objet. Mais laquelle sera l'ordonnance primitive et habituelle ? L'ordonnance de feu, ou celle de choc ? (...) Avant que d'être en mesure d'aborder l'ennemi, il ne faut pas être détruit, ou mis en désordre par l'effet de feu à son tour; donc il est nécessaire que l'ordonnance primitive et habituelle soit l'ordonnance propre au feu, c'est-à-dire l'ordre mince.

L'ordonnance primitive, fondamentale et habituelle de l'infanterie sera sur trois rangs de profondeurs; l'ordonnance momentanée et accidentelle sera en colonne. L'infanterie se forme en colonne pour attaquer l'ennemi dans cet ordre, ou pour parcourir plus promptement et pls commodément une longue étendue de terrain".

Guibert tranche donc le débat sur la querelle des ordres de tactiques, en privilégiant l'ordre mince, et n'exclut pas le recours à la colonne, puisqu'il admet que l'infanterie se forme en colonne pour attaquer l'ennemi.

Mais dans quel cas peut-il être avantageux d'attaquer au XVIIIe siècle, l'ennemi en colonne ?

" C'est quand l'ennemi est derrière un retranchement ou dans un tel poste, dont les flancs naturels ou artificiels réduisent nécessairement à attaquer les saillans, et à ne pas se présenter sur les faces; c'est quand, ne pouvant débouche sur l'ennemi que par un chemin, on est forcé de rassembler ses troupes sur ce débouché et d'arriver par ce seul passage; c'est enfin, quand d'un retranchement ou d'un poste fermé, on veut faire une sortie sur l'ennemi attaquant, et déjà mis en désordre par le mauvais succès de son attaque."

La colonne devient donc un sérieux avantage, que ce soit dans le mouvement tant que dans les combats. 

 

Ouvrages de T.HERNAULT :
- Les guerres françaises du XXIe siècle (Atelier Fol'Fer, 312 pages)
- 
L'Evolution de la doctrine d'utilisation des Forces spéciales françaises (L'Harmattan 188 pages)

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